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Chardonneret, Chardonnay et chardon

・❥・ Changeons d’attitude !

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Quoi de commun entre l’oiseau chardonneret, le cépage chardonnay et chardon ? Ou autrement, Comment arrive, dans ma petite tête, l’idée d’écrire un article sur trois mot qui devrait avoir la même étymologie. ? Il suffit d’être philosophe, ancien vigneron, formateur en permaculture et d’avoir une sœur passionnée de photographie animalière. Je lui expliquais que je n’écrivais pas d’articles quand je n’avais pas de photos du sujet. Nous parlions chardon, l’idée est venue d’écrire sur le chardonneret et par extension, le chardonnay a pétillé dans le cerveau.

Ne dit-on pas du chardonneret qu’il est élégant c’est le nom qu’il porte. Ne dit-on pas du chardonneret qu’il était élégant c’est le nom qu’il porte. Charles Linné lui a donné en 1758, le nom de Carduelis carduelis. Ce passereau granivore est l’hôte de nos prairies et de nos champs pour peu qu’il trouve la nourriture qui lui sied. Bien qu’il soit originaire d’Europe, il semble qu’il aime bien les été lumineux de la Méditerranée. Ses plumes se marient bien avec les tapis de fleurs qui lui donnent une nourriture abondante. Dans le nord de l’Europe, on le trouve plutôt dans les friches herbeuses. C’est d’ailleurs dans ce genre de milieux que l’on retrouve beaucoup de membres de la famille des Fringillidés, comme les pinsons ou les Linottes. Ces lieux sont trop souvent « nettoyés » par les agriculteurs et les paysagistes, bien que beaucoup d’efforts soient fait pour les garder avant de les couper.

Petite description du chardonneret

Le chardonneret élégant – © Thérèse de Radzitzky

A l’âge adulte, le chardonneret élégant a une tête noir, blanc et rouge. Son bec est pointu et pâle. Il a des taches marron et fauves de chaque côté de la poitrine. Le dos est de couleur fauve, ses ailes ont des taches jaunes sur fond noirs. Sa queue est noire tachée de points blancs. Les plumes au niveau des pattes sont blanches pâles. Quand l’oiseau est un juvénile, ses couleurs sont plus ternes, plus grises. Il possède de larges bandes beiges sur la queue. Voici son chant, cliquez ici.

Deux espèces de la même famille sont très proches du chardonneret : le Verdier d’Europe et le Tarin des Aulnes. 1

Quid de la présence du chardonneret en Europe ?

Le chardonneret n’est pas en voie de disparition en Europe bien que dans certaines régions, son déclin est amorcé. Cette diminution s’opère là où l’arrachage est systématique de pour le Cirsium arvense qui reste sa nourriture favorite. Le résultat est pire lorsque cette plante est pulvérisée par des herbicides généralement non sélectifs. Il s’avère que le chardonneret est victime de cette de cette destruction massive des herbes dites mauvaises. Il n’y a donc pas de préoccupation majeure mais il est quand même intéressant d’y faire attention.

Sa nourriture

Un chardonneret se délectant de graines – © Thérèse de Radzitzky

Le chardonneret est friand de ses graines ainsi que de celle du bouleau quand il n’a pas trouvé son bonheur dans les zones herbacées. Et pour cause, ces hautes herbes sont coupées après la nidification des insectes auxiliaires, mais avant leur floraison pour éviter leur prolifération. Faucher ces friches équivaut à affamer les granivores. Si c’est une friche, pourquoi le potagiste s’évertue à gérer cet espace alors que le respect du cycle complet apportent son lot de richesse de biodiversité, tout au long de l’année. Gérer une friche comme si l’on avait une pelouse anglaise est un drame pour la biodiversité.

Le bec pointu du chardonnerets lui permet d’extraire, avec agilité, les graines bien protégées des chardons ou d’autres herbacée comme pissenlit, la cardère commune Dipsacus fullonum.le Cosmos, l’Onagre, etc.

Les graines préférées du chardonneret sont de petites graines oléagineuses2 comme celles du chardon (Cirsium arvense et chardon-Marie), du tournesol, du niger Guizotia abyssinica3, du millet, du chènevis. En hiver, ils adorent manger les graines de tournesol noir et du niger pour leur apport calorifique. Or nous allons voir comment une loi pourrait amener la diminution de la présence du Chardonneret en Europe.

Propos sur certains chardons

Cirse des marais Cirsium palustre – © Thérèse de Radzitzky

Pour ce qui est des graines de chardons, le chardonneret, qui tire d’ailleurs son nom du chardon, il existe une loi en Belgique qui exige l’arrachage d’un certain type de chardon. Il s’agit du Cirsium arvense4, mais aussi le C. palustre et C. lanceolatum et le Chardon crépu Carduus crispus. Ces qiatre cirses ou chardons ne sont pas interdit mais il s’agit de ne pas les cultiver et quand on en possède, il existe une obligation de les détruire.5

Son extension rapide est du à trois facteurs :

  • Les graines : Grâce à leurs aigrettes, les graines peuvent être disséminées à grande distance grâce au vent et leur pouvoir germinatif est d’une vingtaine d’année..
  • Les racines : Les rhizomes de la plante s’étendent sous terre d’environ 4 mètres par an. Si l’on coupe le rhizome, chaque fragment de racine donnera naissance à un nouveau plant ! Il est dès lors très difficile de stopper la colonisation des milieux. Il faut donc agir en profondeur et à temps, pour éviter son extension. Ce type de colonisation est le même que la menthe ou le topinambour.
  • La nature du sol. Si votre sol est compacté vous aurez des chardons. Je vous renvoie aux explications ci-dessous.

Ayant interrogé quelques agriculteurs, ils préfèrent retirer tous les chardons de leur champs, même ceux qui ne sont pas touchés par cette loi. Il est souvent difficile pour les agriculteurs de faire une sélections entre le bon grain et l’ivraie. Or le chardonneret a un besoin fondamental de ces graines de tous les types de chardon.

Un chardon remplace l’autre ?

Quand j’ai expliqué aux agriculteurs que je semais du Chardon-marie dans mon potager, ils étaient scandalisés et trouvaient que je devais être dénoncé auprès de la justice. De cette loi, les agriculteurs ont retenu qu’il fallait arracher tous les chardons et voilà qu’un bobo urbain vient leur dire qu’il sème des chardons ! Pourtant le Chardon-Marie n’est pas dans la liste des trois chardons condamnés. Ils ressentent cela comme une injustice. Or, le Chardon-Marie est intéressants pour le chardonneret cela reste assez incroyable qu’une loi pourrait provoquer la disparition du chardonneret parce que personne ne veut faire la distinction entre le Cirsium arvense et les autres chardons les agriculteurs arrachent tous les chardons et donc privent les chardonnerets de la nourriture essentielle pour eux. La composition oléagineuse de la graine  du Cirsium arvense  est largement supérieure à la graine du tournesol, il faut donc cultiver un autre chardon pour compenser la perte de la plante honnie.

Quitte à me faire des ennemis jurés je conseille donc à chaque potagiste de planter le chardon marie pour attirer les chardonnerets dans leur potager. Le chardonneret fait partie de la biodiversité de votre potager quand il est présent donc il faut pouvoir l’attirer avec ce qu’il préfère, c’est-à-dire au minimum, le Chardon-Marie. Bien sûr il faut aussi semer les autres plantes herbacées pour lui permettre au de diversifier sa nourriture.

Chardon-Marie boosté avec des ondes de forme dans le potager de Hoeilaart.

Utilisation du chardon

Paradoxalement, des études sont réalisées actuellement pour déterminer son utilisation au lieu de la détruire. Les chardons ont des principes actifs très intéressants pour le bétail, ses graines sont oléagineuses. On pourrait en faire un biocarburant, de l’huile comestible issue des graines et même, du fourrage pour le bétail en hiver. Alors que plus d’un la considèrent comme dangereuse avec ses épines, pour le bétail.

Ne mettons pas tous les chardons aux orties. Le cardon Cynara cardunculus6, l’artichaut Cynara scolymus, le détesté Cirsium arvense, le Cirse commun Cirsium vulgare, le chardon béni Cnius benedictus,Le laiteron rude Sonchus asper sont des chardons comestibles. Le chardon-Marie Silybum marianum l’est tout autant et en plus est une excellente plante médicinale.

Le chardon au potager

Outre le fait qu’il attire le chardonneret, le chardon a d’autres vocation insoupçonnées. Il attire la belle Dame, un magnifique papillon et beaucoup d’autres insectes. Par provocation, je prendrais le Cirsium arvense si détesté. Cette plante crée une biodiversité incroyable. Elle accueille les butineurs comme les abeilles domestiques et sauvages, les bourdons, les papillons comme le paon-du-jour, la vanesse, le machaon ou la belle dame et bien sûr le syrphes. Elle attire les fourmis qui participent à la dispersion des semences. Ces dernières fortifient la santé des fourmis grâce à la richesse de leur huile.

Le Cirsium arvense est une plante hôte pour des coléoptères comme Cassida vibex et la Cassida rubiginosa qui se nourrissent de ses feuilles. Le charançon 7 de la tige Ceutorhynchus litura et celui des capitules Larinus planus pondent dans la plante, leurs larves dévorant ensuite l’intérieur des tiges ou les graines, ce qui fait d’eux de bons régulateurs de la plante.

La mouche des galles du chardon Urophora cardui8, pond ses œufs dans une galle, c’est-à-dire une excroissance sur la tige. Le chardon attire, à la fois, son ravageur qui est le puceron et soles prédateurs du premier, la coccinelle et punaise. Elles viennent chasser les pucerons qui colonisent souvent les jeunes pousses. Que dire aussi des guêpes parasitoïdes, minuscules guêpes pondent leurs œufs dans les larves des insectes phytophages vivant sur le chardon comme le coléoptère et le charançon.

Comme on le voit, les insectes pullulent autour de la plante honnie et participa à sa régulation. Ainsi est fait la nature. Avec la destruction systématique du Cirsium arvense de multiples insectes finissent par disparaître aussi. Il suffit parfois de peu de chose pour assurer la lutte biologique. Détruire les Cirses est pire que bien. Il est temps de favoriser leur présence naturelle.

Et si l’on gardait le chardon des champs ?

Bourdons sur Cirsium arvense ( Cirse des champs) © Thérèse de Radzitzky

Que perdons-nous en essayant d’éliminer le Cirsium arvense ? Cette plante considérée comme invasive a beaucoup de choses à nous raconter. C’est une plante bio-indicatrice. Son extension rapide nous montre à quel point l’être humain est coupable de la dégradation du sol. Elle indique une saturation du Complexe argilo-humique (CAH), par excès de matières organiques, d’engrais azoté ou épendages de fumiers, de lisiers et de purins non compostés. Ces épandages provoquent un blocage du phosphore (P). Généralement le pH est alors beaucoup trop élevé. Quand il y a un gros développement de Cirsium arvense, cela veut aussi dire qu’il y a surpâturage et que le sol est trop compacté avec un excès de matières organiques.

Le second chardon vilipendé est le Cirsium palustre. Globalement, il indique la même chose avec en plus une indication d’hydromorphie et une anaérobie du sol avec blocage de phosphore. Le développement rapide de la plante est provoqué par un sol de plus en plus dégradé. La troisième plante est le Cirsium lanceolatum indique des sols compactés et asphyxiés. Le quatrième est le Chardon crépu Carduus crispus. Ce dernier indique un engorgement en eau et en matière organique (MO) fossile, des sols rocheux riches en bases (Mg, Ca, K) et à pH élevé. Blocage du Phosphore à cause de la présence de trop de calcium et de MO fossilisée. 9

Ces plantes ne vivent que dans ces types de sols avec des racines qui poussent jusqu’à qiatre m de longueur par an et autant de bourgeons souterrains qui feront naître de nouvelles plantes. Le jour où le sol, redevient meuble et aéré, cette plante disparaîtra.

Tout est dit !

Au lieu de changer ses pratiques, l’être humain invente une loi pour détruire ce qui lui saute aux yeux ! Les plantes nous parles et nous ne les écoutons pas ! Nous nous croyons plus intelligents qu’elles ? Nous ne le sommes plus. Les pratiques des agriculteurs qui veulent détruire cette plante, provoquent d’autres changements invisibles à première vue alors que la nature nous montre le chemin à prendre pour changer la nature du sol.

Comme ces plantes aiment de telles terres compactées, engorgées, asphyxiées, elles s’y plaisent bien. Mais dans la réalité, elles effectuent un lent travail de décompactage qui mettra des années, au moins soixante ans, pour rendre le sol grumeleux. Les agriculteurs se doivent de reconstituer le sol de leur champs qu’eux et leurs aïeux ont détruit tout aussi patiemment.

Il est intéressant de noter qu’aucune loi n’existe pour exiger que les agriculteurs décompactent leur sol pour réguler la présence de ces cirses.

Quid du Chardonnay ?

Un lien très ténu entre Chardonay et Chardon…

Mon cerveau m’a joué un chouette détour. Le lien entre le chardon et le cépage chardonnay est correct ! mais l’un n’apporte rien à l’autre. Au Moyen-âge, il existait une vaste étendue en friche peuplée de milliers de chardons. Des habitants ont défriché cet endroit pour construire leur futur village qui finit par porter le nom de Cardonnacum qui signifie « là où poussent les chardons ». Ce lieu d’habitats se situe dans l’actuel département de Saône-et-Loire. Il est situé non loin de la Saône. Le cépage chardonnay, utilisé dans beaucoup de vignobles dans le monde, est issu de ce village de la région Bourgogne.

Le chardonnay est le résultat du croisement entre du Pinot noir et du Gouais Blanc. Ce dernier est un cépage d’origine croate.

Vous connaissez mon côté philosophe et interrogateur. Je me suis évidemment posé la question :  y a-t-il un lien physiologique entre le Chardonnay et le Chardon ? J’ai fait beaucoup de recherches et je n’ai trouvé aucun lien.  Grâce aux travaux de de l’Université de Milan10, on sait quil y a des relations intimes entre le roncier et les caractères organoleptiques du pinot noir. Il était tentant d’imaginer une relation entre le chardon et le cépage. Hélas, aucune étude n’a été faite sur le sujet.

En conclusion…

Avouons-le, la lutte biologique seule n’est pas suffisante pour lutter contre l’expansion du Cirsium arvense. Il faut faire très attention lorsque l’on fauche les prairies contenant ce type de chardon.  En effet, lorsque l’on fauche trop tôt, on risque de tuer beaucoup d’insectes qui sont déjà dans leur période de reproduction, ce qui ne fera qu’ accélérer l’effondrement des insectes. Il est donc fondamental d’arracher le les chardons, juste à la fin de la floraison ce qui permet d’avoir un maximum de chance d’avoir tous les insectes nécessaires à la biodiversité.

Voilà donc un petit tour des liens existants entre un oiseau et une plante. Partons du principe que cet oiseau reste abondant en Belgique, qu’il est un bon sédentaire, vivant en été comme en hiver chez nous. ? Et en plus il est gâté par de magnifiques couleurs qui nous montre toute son élégance. De plus, Il s’acoquine à des plantes toutes aussi belles, pour le plaisir des yeux.

Géry de Broqueville

  1. Rob Hume, Oiseaux de France et d’Europe, 800 espèces et 80 chant d’oiseaux, Ed. Larousse, 2022, p.385. ↩︎
  2. Graines composées d’huile. Ces huiles sont un excellent soutien pour leur foie fragile, pour l’amélioration de la qualité de leur plumage et permet de booster leur énergie, surtout en période de mue ou d’élevage. ↩︎
  3. Plante oléifère de la famille des Astéracées, originaire d’Ethiopie, pouvent atteindre deux mètres de haut. Cultivée depuis longtemps, elle a atteint la France et la Belgique. En France elle est cultivée en association avec le colza, en Belgique on la retrouve plus comme engrais vert, très nourrissant pour le sol. ↩︎
  4. Etienne Brancart & Gilles Fried, Les espèces envahissantes d’ici et d’ailleurs, Ed. Gerfaut, 2016. ↩︎
  5. C’est L’Arrêté Royal du 19 novembre 1987 qui règle cette question. Les trois chardons produisent énormément de graines dont la durée de vie est d’environ 20 ans. De plus la pante se propage par la multiplication de ses rhizomes. ↩︎
  6. Jekra McVicar, La passion des herbes, Ed. Guy Saint-Jean, Québec, 2007, p.96. ↩︎
  7. Un coléoptère, le charançons Larinus planus est l’un des agents les plus efficaces de lutte contre la propagation de la plante. Les adultes grignotent le feuillage, mais c’est surtout la ponte dans les boutons floraux qui est déterminante. Les larves dévorent les graines en formation, empêchant la plante de se disperser par le vent. ↩︎
  8. Cette excroissance détourne les ressources de la plante vers la galle plutôt que vers la croissance des racines ou des fleurs, ce qui épuise les réserves de la plante sur le long terme et la fait disparaître. ↩︎
  9. L’ensemble des données proviennent des trois volumes de Gérard Ducerf, Encyclopédie des plantes bio-indicatrices alimentaires et médicinales, Guide de diagnostique des sols, Ed. Promonature, 2017. ↩︎
  10. Voir formation donnée en permaculture par Pas à Pas vers une terre vivante. ↩︎

👤 Géry de Broqueville

📅 15 mars 2026

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