Limaces : odeurs, couleurs et le reste…
・❥・ Pas assez de biodiversité


La limace étant un sujet de discussion typique des mois d’avril/mai que j’ai eu envie de vous en reparler. Depuis que j’écris des articles pour le blog Pas à Pas, ce ne sera que le sixième consacré à ce sujet. Hier, je donnais cours sur la relation entre les animaux et les plantes. Evidemment, la limace est sur toutes les lèvres. C’est le pire cauchemar de chacun. Alors que la limace commence à poindre le bout de ses antennes hors du sol, certaines personnes en font déjà tout un plat. Plus le temps passe, plus nos connaissances s’affinent…
Le potagiste qui se transforme en chasseur à quatre pattes, la nuit avec sa lampe frontale devrait faire partie du passé. Ramasser toutes les bestioles qui ont eu l’outrecuidance de se balader dans votre potager est aberrant. Balancer chez le voisin les loches chez le voisin est risible. Le voisin fait la même opération… Désespérés, ils achètent moultes livres qui racontent tous la même chose : les trucs et astuces pour éliminer les gastéropodes. Et cela ne marche pas, sauf quand il fait chaud et sec !
Par définition, l’être humain pourrait réellement utiliser son intelligence en commençant par comprendre le fonctionnement de la limace. Les deux outils principaux de la limace sont ses antennes. Plus que des antennes, ce sont quatre tentacules au niveau de sa tête. Au sommet, les deux plus grandes se trouvent les yeux qui lui permettent d’observer son environnement. Les yeux voient les formes et les mouvements de manière floue. Nous verrons ci-dessous en quoi les yeux apportent des informations intéressantes pour le potagiste.
Les deux plus petites des tentacules, situées au niveau de la bouche sont les réceptacles de son odorat que l’on sait être très puissant. C’est donc l’odorat qui fait bouger la limace vers les appétissantes laitues. La photo d’introduction est très exemplative de ces quatre tentacules.
Limace et vers de terre, en collaboration
Il est intéressant de comprendre la raison d’être de la limace dans la nature. A quoi sert-elle ? la limace avant toute chose a pour mission de décomposer toutes les matières organiques dans le sol et donc de ce fait, enrichit le sol c’est fondamentalement ce que nous recherchons à faire dans notre potager. En soit la limace est un auxiliaire du potager elle enrichit le sol grâce à son travail de décomposition des matières. Vous allez me dire que c’est le cas de tous les êtres vivants. Ils décomposent les matières.Oui bien sûr, mais les excréments de la limaces sont nettement supérieurs à celui du chien, du chat ou de l’être humain.
Les créateurs d’humus
Les petits boudins d’excrément de la couleur diverses de ce qu’elle a mangé. Ce sont ces excréments-là qui permettent d’enrichir le sol là où elle passe. Les excréments sortent à droite de la tête.
Il ne faut pas le confondre avec le mucus1 qui est une quantité d’eau que la limace produit pour mieux glisser sur le sol ou la plante. Comme vous le savez, la limace a besoin de beaucoup d’humidité dans le sol pour pouvoir vivre . De ce fait, elle devient ainsi un animal bio-indicateur, non seulement, d’une très bonne humidité dans le sol mais aussi d’une très bonne présence de matière organique décomposée et qui deviennent, après le passage du ver de terre, de l’humus. Les excréments contiennent des éléments nutritifs comme l’azote, le phosphore et le potassium qui enrichissent le sol, notamment après transformation par les vers de terre. Bien sûr, la laitue profite de ce sol enrichi, même si elle est moins gourmande que le chou.
Elle a donc besoin, fondamentalement de faire la différence, par son odorat, entre ce qui est bien portant et faible, malade, en train de mourir ou mort. C’est l’odorat qui est fondamental ici.

la limace rend plus forte, la nature
C’est un titre paradoxal et pourtant, c’est vrai que la limace rend la nature plus forte. Je vais prendre un exemple avec un arbre, le chêne. Au printemps, en se promenant dans les sous-bois, on peut voir les jeunes chênes qui commencent à pousser. Cela m’est déjà arrivé de voir une plantule à demi dévorée.
Pourquoi la limace ou l’escargot s’est arrêté de manger au milieu de son aventure gustative ? En fait, le bébé chêne a appris à travers les âges de ses ancêtres que lorsque ses feuilles tendres sont attaquées, il suffit d’augmenter sa composition tannique pour faire fuir le ravageur. Le bébé chêne sait cela parce que son héritage est très ancien. Ce sont ses gènes qui ont parlé. Ce bébé chêne, quand il sera grand en âge d’avoir des glands fertiles, il transmettra à sa descendance le même réflexe de protection. Cela arrive chez tous les végétaux, cette transmission du savoir.
Cela devrait être la même chose de la part des laitues, par exemple. C’est ici que l’ancienneté a un rôle à jouer. Plus le légume est ancien, moins il se fait attaquer. Et s’il se fait attaquer malgré tout, il va réagir en augmentant son taux de tanin ce qui va le rendre impropre à la consommation de l’attaquant. Les laitues qui sont le résultat de croisement qui vont la rendre plus verte, plus appétissante, plus grosse à nos yeux n’auront pas cette transmission du savoir. Cela est vrai pour la majorité des semences que l’on trouve sur le marché.
Ne soyez pas sans gènes
Seul les légumes anciens arrivent à résister aux attaques extérieures dans la plupart des cas. Prenons le cas de la laitue ancienne. Quelles sont les variété les plus anciennes ? La laitue romaine Lactuca sativa longifolia), est nettement moins attaquée par les limaces à cause de sa feuille plus robuste et d’un vert moins tendre. Le seul moment les plus difficile à passer est celui de la germination où la robustesse de la plante n’est pas encore développée.
La Merveille des quatre saisons (décrite2 en 1883) : Cette belle pommée très ancienne est reconnaissable à sa couleur rouge-cuivré, cultivée pour sa capacité à pousser presque toute l’année. Citons encore la Rouge de Grenoble (apparue officiellement en 1947), la Goutte de sang(début 19e), la laitue lilloise (vers 1890), la batavia de Silésie à bord rouge (début 19e), les laitue à feuille de chêne (depuis l’antiquité) qui ont toutes les mêmes caractéristiques d’être très anciennes, d’avoir des feuilles plus rigides ou de couleur brune à rouge. Elle ne se font pas attaquer (ou si peu) par les gastéropodes.
La couleur des laitues proviennent des pigments naturels de la famille des flavonoïdes, les anthocyanes, qui résulte d’une action naturelle d’oxydation. L’origine de celle-ci provient de la nature de la laitue. Ces pigments ont des vertus antioxydantes bénéfiques pour la santé humaine. Cette couleur est naturelle et n’a rien avoir avec le brunissement des feuilles dû à une mauvaise utilisation de la laitue.
La laitue influenceuse !
Voilà que les laitues se mettent à jouer le rôle d’influenceur. Oui les laitues sont capables de faire fuir la limace. Les laitues anciennes ont deux particularités: soit elles ont une feuille qui est un peu plus croquante et très légèrement plus dure, soit elles sont colorées.
Ainsi le rouge foncé, voire bordeaux; la couleur rouille ou le brun sont des couleurs d’alerte. N’oublions pas que la vision de la limace est floue et qu’elle voit les couleurs sous forme de masses sans voir les détails. La limace va interpréter ce lieu comme étant une zone de danger et passe son chemin.
Homo economicus a décidé que la couleur verte, tendre était la meilleure pour les laitues. il a sélectionné tous les critères de couleur vert clair comme étant la couleur qu’il fallait retrouver dans les supermarchés. En réalité , les couleurs inventées par la plante sont une protection contre tous les ravageurs; limaces et insectes compris.
A contrario, les industriels ont fragilisé les laitues alors qu’elles s’étaient croisées en leur retirant leurs techniques de résilience. Comme son nom l’indique, la laitue romaine a une histoire d’au moins 2000 ans et ne se fait pas attaqué par les gastéropodes !3
Petite expérience à Hoeilaart
Cette année 2026, nous avons opté pour le repiquage de laitues au vu de ce printemps froid et pluvieux. Dans certaines jardinerie nous avons trouvé massivement des laitues de couleur brune. Je ne sais pas si c’était voulu par les commerçants, mais c’est ainsi. Nous avons repiqué des laitues rouges foncées à côté d’un chou, tout en laissant un espace assez grand. Le chou a été dévoré par les limaces alors que les deux laitues sont restées intactes.

Pourtant, une laitue brunâtre s’est fait attaquer par les gastéropodes. Au moment de mon interrogation sur ce fait qui met à mal ma théorie, un ami qui nous a donné un coup de main, me signale qu’il a lui-même repiqué cette plantule en se disant qu’il voulait lui donner une chance de vivre parce qu’elle était mal en point. Advienne que pourra s’est -il dit. La nature est ainsi faite, une laitue brune mal en point émet des COV4 de maladie et la limace accomplit son œuvre. La couleur de cette laitue aurait dû être d’un rouge soutenu pour résister au ravageur. A cause de sa faiblesse, cette couleur est devenue fade et donc attractive.
Une multitude de signaux…
Revenons au COV. Il ne faut pas croire que les plantes se laissent faire quand elles subissent une attaque que ce soit d’un insecte ou de la limace. Elle prévient les copines en lançant des composés chimiques. Ces composés chimiques sont produites par la sève et existe en nombre de manière permanente. Il s’agit de a systémine. Cela permet aux autres plantes de préparer un plan de défense dont les actions peuvent être multiples. Cela peut être la création de toxines qui rendent la plante indigeste comme on l’a déjà vu.
Elles peuvent aussi émettre des COV spécifiques qui alertent les prédateurs de la présence de la limace.5 C’est pour cette raison, notamment, qu’en permaculture, nous n’arrêtons pas de parler de l’association entre les plantes ainsi que de réserver une zone sauvage. C’est dans la diversité des plantes que se trouvent les insectes prédateurs de la limaces, comme les carabes, les staphylins et les larves des vers luisants Lampyris noctiluca.
Tous à votre service…
Il n’y a pas que les insectes qui profitent de la présence des gastéropodes. Les oiseaux sont assez nombreux dans le potager pour en venir à bout comme les grives, étourneaux, merles, rouges-gorges. Les crapauds, les grenouilles, les rongeurs, le hérisson s’en donnent à cœur joie. Même la taupe, pourtant si honnie, raffole des œufs de limaces qui sont installés dans le sol. Il reste aussi les orvets comme bons prédateurs. Les poules et les canards font partie des prédateurs, mais ces derniers, s’ils ont tout mangé, passeront aux laitues…
Certaines plantes sont répulsives pour les gastéropodes. La rue officinale. l’ail, l’oignon, la bourrache, les fougères aigles, la capucine et le géranium en font parties. Les aromatiques comme la menthe, l’origan, le romarin, la sauge ou le thym font le même travail. Tout ce petit monde-là fait partie de ce qu’on appelle la biodiversité.
Chacune de ces plantes a une fonction différente. Ainsi les aromatiques, par leurs fortes odeurs perturbent l’odorat des gastéropodes. Leurs feuillages denses et leurs floraisons attirent des insectes auxiliaires. Les carabes se nourrissent des œufs et des jeunes limaces. La Rue officinale attire les prédateurs de la limace et joue aussi son rôle de répulsif contre ce même animal. Par contre, l’ail et l’oignon refoulent aussi les prédateurs de la limace. Donc il vaut mieux les planter en bordure de planches de culture.
En conclusion…
Comme on peut le voir, il y a pléthore de méthodes de régulation des gastéropodes. De toute façon, ils sont bien présents dans nos potagers. Avant d’agir à tort et à travers, il faut toujours se poser les bonnes questions. Quel est l »l’environnement numéro un qui attire le carabe ? Ben tiens, le même que celui de la limaces. Le couvert végétal humide. En permaculture, nous parlons de plantations serrées des plantes. Nous voulons garder l’humidité dans et sur le sol. C’est une manière d’entretenir un bon habitat pour les carabes et les… limaces !
Les plantes savent quand le carabe arrive. Elles sont réceptives aux vibrations des pattes du carabe sur le sol. Elles le savent d’autant plus que le carabe émet lui aussi des COV, annonçant à qui veut le sentir qu’il est là pour nettoyer le terrain. Les plantes vont émettre d’autres COV spécifiques pour faire venir plus de carabes.6
Tout est lié dans le potager, c’est fascinant.
Géry de Broqueville
- Le mucus est composé d’eau, de protéines et de polysaccharides (sucres complexes). il n’apporte pas d’élément fertilisant dans le sol. ↩︎
- Quand on donne une date précise, c’est que la laitue a été observée et décrite pour la première fois, cette année-là; dans le catalogue Vilmorin-Andrieux. ↩︎
- Au moment d’écrire cet article, mon frère me téléphone pour me dire qu’aucune de ses laitues n’ont été attaquée cette année par les limaces. Ce sont des précoces de printemps qui ont toute une couleur brunâtre. Cqfd ! ↩︎
- COV ; Composé organique volatile. Toutes les plantes émettent un certain type d’odeur en fonction du moment et de sa situation. Une laitue malade envoie des odeurs pour dire à son environnement qu’elle est malade. La Glycine envoie des odeurs le jours où ses fleurs sont prêtes à être fécondée. ↩︎
- Je vous renvoie sur l’article intitulé ; le bleuet lisible en cliquant ici. ↩︎
- L’Institut national de recherche agronomique et environnemental INRAE réalise de plus en plus d’études en ce qui concerne la relation prédateur et ravageurs et les plantes. En voici un aperçu en cliquant ici. ↩︎
👤 Géry de Broqueville
📅 26 mai 2026

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