100 ans d’assiettes toxiques ?

Que l’on ait commémoré la guerre 14-18 et ses dizaines de millions de morts était tout à fait nécessaire pour se rappeler les atrocités d’une guerre qui nous paraît de plus en plus lointaine. Or, nous la vivons tous les jours dans notre assiette, une des conséquences de cette guerre. Personne n’a pensé que cela faisait 100 ans que le contenu de nos assiettes était toxique et était la conséquence directe de la Grande Guerre !

En Allemagne, dès 1917, les agriculteurs se sont vu proposer d’utiliser la poudre à canon comme engrais chimique. Cette offre des entreprises fabriquant les obus s’est faite sur base d’observations réalisées non loin des tranchées là où autrefois se situaient des champs. Les cultures étaient florissantes. Les Allemands imaginaient bien que la situation n’allait évoluer ni en faveur de leurs pays ni envers leurs ennemis. Il fallait donc penser à la reconversion de l’armement.

Le cours aux agriculteurs

Dès le moment de la signature de l’armistice, le 11 novembre 1918, les industries allemandes d’armement, mais aussi celles des alliés ont distribué de nouveaux engrais chimiques aux agriculteurs montrant que le rendement était largement supérieur à ceux enregistrés avant la guerre. C’est ainsi que l’Europe est rentrée de plain-pied dans l’aire chimique. Et cela fait 100 ans que le contenu de nos assiettes est toxique ! Ces dernières années, on a analysé les assiettes que nous consommons quotidiennement et l’on a relevé jusqu’à 128 particules de résidus chimiques qui entraînent des maladies comme le cancer, le diabète, obésité, infertilité…

Il faut reconnaître que les 60 agriculteurs allemands qui ont rencontré Rudolf Steiner en 1924, avaient pressenti avec acuité que ces engrais n’étaient bon ni pour la santé du sol, ni des plantes et ni de l’être humain. Steiner a alors donné un cours aux agriculteurs se basant sur le savoir des anciens dans le contexte général de sa philosophie, l’anthroposophie. Steiner n’a pas eu le temps d’écrire un livre sur cette matière étant décédé en 1925. Le livre, « le cours aux agriculteurs » a été publié plus tard et est un condensé des prises de notes des agriculteurs. La compréhension de ce livre n’est pas évidente, mais les biodynamistes qui ont suivi et qui ont appliqué à la lettre les pratiques proposées par le philosophe ont découvert qu’elles étaient efficaces sur le terrain.

À l’heure actuelle, le point de référence de la biodynamie mondiale est la petite ville de Dornacht, au sud de Bâle, qui abrite le Goetheanum, construit par Rudolf Steiner en personne. Le nom porté par cet institut est un hommage à Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) grand inspirateur de Steiner, notamment avec son livre majeur « La métamorphose des plantes« .

À quand un changement radical ?

Il est clair qu’il faudra encore beaucoup de temps pour que nos assiettes toxiques soient un lointain souvenir, tant les intérêts économiques sont importants. Il suffit de voir l’incapacité de députés européens de trancher dans le vif du sujet alors que tout porte à croire que le glyphosate, héritier direct de la poudre à canon est un poison insidieux qui tuent à petit feu tous les êtres vivants. L’OMS, inféodée et financée notamment par les industries pharmaceutiques, devrait décider, par principe de précaution, d’interdire l’utilisation de ces produits phytosanitaires.

Et pourtant, si l’on revenait massivement à une agriculture saine, d’avant la Grande Guerre du début du XXe siècle tout en abandonnant la mécanisation agricole héritée du XIXe siècle, il y aurait des millions d’emplois supplémentaires, dans une société plus humaine. De même, les charges des soins de santé seraient moindres puisqu’il y aurait largement moins de personnes malades. La preuve la plus cinglante est quand même celle de la condamnation de Monsanto dans le procès qui l’oppose à un jardinier américain atteint d’un cancer généralisé, en 2018.

Ce changement radical est en marche, même s’il est long, trop long. Quand « Pas à Pas » était à la foire de Libramont, nous avons pu mesurer l’énorme fossé qui existe entre les partisans de l’agriculture conventionnelle et ceux, comme nous, qui proposons des alternatives naturelles. J’ai rencontré des agriculteurs admettant que leur production était mauvaise pour la santé humaine, mais que leur mission était de nourrir 7 milliards d’habitants. Pour eux, le jeu en vaut la chandelle ! Le plus incroyable est que ces mêmes agriculteurs mangent bio parce que le potager, géré habituellement par Madame, attenant à la ferme, l’est ! Faudra-t-il attendre encore 100 ans pour changer nos manières de consommer ? J’espère que non !

Géry de Broqueville