SUIVEZ NOS AVENTURES

L’achillée millefeuille

Temps de lecture : 5 minutes

L’Achillée m’a toujours fait rêvé ne fusse que par ce qualificatif de millefeuille. Il n’y a pas qu’une seule Achillée dans la nature. C’est cela que nous allons essayer de découvrir. Quels sont les atouts de cette plante pour le potager ? Mine de rien, elle est frêle et petite. Que peut-elle apporter à certains géants de nos jardins ?

L’Achillée millefeuille (Achillea millefolium) est une plante herbacée vivaces de la famille des Astéracées. Elle porte de nombreux noms locaux comme herbe aux charpentiers, des cochers, des dindes ou dindons, aux militaires ou au soldat. Elle porte aussi le nom d’ herbes de la Saint-Jean ou de Saint-Joseph et donc des menuisiers et bien d’autres encore. C’est une plante pionnière.

Descriptions

Les racines de cette plante s’appellent des rhizomes ce qui lui permet de s’étendre sous le sol et de coloniser son environnement immédiat, jusqu’à 100 cm avec son son rhizome traçant noir. La taille de la plante peut aller jusqu’à 90 cm de haut. Les feuilles sont allongées, vert foncé, alternes, aux deux faces pubescentes, finement doublement pennées. Sa fleur comme toutes les Astéracées sont des capitules de 5 mm de diamètre serrées les unes contres les autres, comme le pissenlit que nous avons vu précédemment. La couleur des pétales est blanche, rose ou pourpre sur les bords alors que le centre est jaunâtre à jaune prononcé. La floraison a lieu de juin à septembre. Les fleurs sont mellifères.

Les biotopes de l’achillée

Le biotope primaire sont les prairies naturelles des vallées alluviales, des plateaux calcaires et basaltiques. Prairies des montagnes et alpines. Clairières forestières et landes. L’achillée est très commune du niveau de la mer jusqu’à 2.500 m d’altitude.

Le biotope secondaire. Ce sont les prairies agricoles, les terres remuées par les travaux routiers, les talus, les bords des chemins et des routes. On la retrouve aussi dans les vignobles et les vergers ainsi que dans les prairies des chevaux.

Ses caractères indicateurs. Hémorragies en matières organiques et en fertilisants due à des traumatismes du sol, labours trop profonds, surpâturages, provoquant des érosions. Excès de carbone dus au crottin dans des parc à chevaux.

A remarquer que l’Achillea ptarmica a un biotope primaire différent qui sont les milieux humides ou marécageux. Le biotope secondaire sont les prairies agricoles, vignes et vergers. Ses caractères indicateurs sont l’engorgement en eau et en matière organique. Hydromorphie. (1)

Les principes actifs

Ils sont très nombreux. La sommité fleurie est composée d’huiles essentielles de 0,2 à 1 %. La plante contient un grand nombre de mono et sesquiterpéniques dont l’azulène qui colore en bleu l’huile essentielle. C’est cette composante qui donne à la plante son action anti-inflammatoire et antiallergique. Il y a du camphre que l’on peut sentir lorsque l’on froisse les feuilles, l’ascaridiol, les alpha et béta pinène, le bornéol, le béta caryophyllène et bien d’autres encore. Ces substances sont antalgiques, immunostimulantes, anti-infectieuses. L’herbe contient encore des substances amères, les lactones, des esters. Il existent aussi des flavonoïdes anti-inflammatoires et antispasmodiques, présents dans toutes les espèces. (2)

Dans les cendres, on retrouve une importante teneur en silice, une grande proportion en potasse à hauteur de 48 % ainsi que de la chaux. C’est cette substance qui se manifeste dans la vigueur de la tige. Un processus sulfuré est propre à l’achillée ; le soufre y est intégré dans les protéines d’une manière harmonieuse et efficace. Les racines et les fleurs ont le même équilibre potasse/soufre. C’est très rare qu’une plante soit aussi équilibrée dans la nature. (3)

Utilisation de l’achillée au potager

En permaculture

Dans le potager permacole, l’Achillea millefolium aura sa place dans le jardins des simples pour ses qualités curatives et aromatiques. Elle aura aussi sa place dans les médicinales pour les plantes avec la consoude ou la rue. Mais elle n’a vraiment d’utilité que si l’on en fait une tisane qui permet de renforcer les autres plantes à lutter contre les maladies, au même titre que les orties, la valériane, le pissenlit, la prêle des champs. A l’instar du pissenlit, la tisane d’Achillée est particulièrement aimée du chou-rave, des blés d’hiver et de printemps et de l’avoine, nous explique Maria Thun. (5)

Dans les racines de l’Achillée, on trouve une bonne quantité d’Auxine. L’auxine a des influences sur la croissance des plantes. Je renvoie le lecteur vers la page que nous avons écrite à propos du sureau qui possède aussi de l’Auxine dans ses racines. Tout compte fait, cette petite plante est mine de rien plus importante qu’on ne le croit. Ses racines traçantes apportent aux autres plantes de l’auxine qui est une véritable hormone végétale de croissance. (6) Placez quelques achillées dans chaque espaces de potager n’est pas dénué de bon sens. Les autres plantes vous remercieront pour votre acuité végétale.

Elle porte bien son nom, la millefeuille…

En biodynamie

Rudolf Steiner considère, après la bouse de corne (P500) et la silice de corne (P501) que nous aborderons un jour, l’achillée millefeuille comme la plus puissante des plantes. La raison est l’équilibre qui existe dans cette plante comme W. Pelikan l’a expliqué ci-dessus. La préparation d’Achillée millefeuille porte le numéro 502.

Cette préparation se déroule dans la vessie d’un cerf. La vessie est un organe qui permet de régénérer le système rénal. Le rein en lui-même ne peut pas être utilisé comme enveloppe, la vessie est l’organe le plus proche avec une membrane. Cette dernière est l’organe qui régule l’eau dans l’organisme. Elle la rejette ou la restitue selon les besoins. Le choix de l’animal a aussi son importance. Il s’agit du cerf.

Ce dernier est très énergique et a une hypersensibilité avec son environnement. Il a une faculté puissante de régénération notamment dans ses bois qu’il fait évoluer, chaque année. Les cors du cerfs sont particulièrement réceptifs à son environnement cosmique grâce à ses bois. La vessie concentre les courants cosmiques par la transmission de l’eau. La vessie devient en quelque sorte un miroir du cosmos. Les biodynamistes français du Mouvement de l’agriculture biodynamique (MABD), utilisent les vessies des cerfs, mâles, adultes et sauvages (Cervus elaphus).

La préparation de l’achillée

La préparation est en lien avec la présence de soufre et de potasse que l’on retrouve dans la finesse de la plante et dans la robustesse de sa tige. Cette préparation lie aussi un élément astronomique à ne pas négliger : Vénus. (4) Cette dernière apporte des forces de régénération, d’épuration, de jeunesse qui agissent particulièrement bien dans le système rénale. La biodynamie imagine aussi d’utiliser des matériaux en lien avec Vénus. Il s’agit du bois, du cuivre ou du bouleau pour la préparation de l’achillée.

A remarquer, la préparation se répartit sur un un an et demi. Cueillette en juin-juillet, séchage puis mise en stockage au sec. Remplissage de la vessie entre Pâques et Pentecôte. Elles sont exposées au soleil tout au long de l’été. A partir de la Saint-Michel (29 septembre), les vessies sont déposées dans des gros pots en terre peu cuite et non vernissés. Au printemps suivant, on sort les pots de terre et l’on obtient une substance noire humide. C’est elle qui est utilisée comme activateur de compost. (7)

En cuisine

Les feuilles et les sommités fleuries sont utilisées en cuisine. Pour les feuilles, il vaut mieux utiliser les jeunes feuilles fraîches se trouvant à la base de la plante, récoltées en mars-avril. et les feuilles tendres sous l’inflorescence, jusqu’en septembre. Les boutons floraux sont à récolter en juin-juillet. Les feuilles étant assez petites, elles sont plus là pour parfumer les salades mais aussi le sel, le vinaigre ou le beurre aux herbes. Les fleurs séchées qu’elles soient jeunes ou plus vieilles sont idéales pour faire des spiritueux ou tisanes. Les fleurs servent aussi à aromatiser le sucre, les boissons alcoolisées ou non. Elle est décorative. Son arôme est légèrement camphré et le goût est de la muscade piquante. (8)

Dans la pharmacopée

Elle est anti-inflammatoire du tube digestif, a un effet dépuratif, sédatif et tonique. Elle est utilisée dans les affections rénales, les palpitations cardiaques, les maux de tête et de dents. Les substances amères stimulent la sécrétion de la bile et soulagent les affections hépatiques. En usage externe, elle lutte contre les douleurs articulaires, les saignements, les troubles menstruels, etc. Attention, elle peut être photosensible et laisser des traces sur la peau pour les personnes sensibles.

Achillée Lilac Beauty

En amour ?

J’ai découvert un magnifique herbier confectionné par Bernard Bertrand (9). Un jour, je rencontrerai cet auteur. Ce monsieur est un puits de connaissance à propos de chaque plante qu’il décrit avec enchantement. Pour l’Achillée, il nous apporte un éclairage érotique sur l’apport des plantes. Comme cette plante a des vertus d’antisaignements notamment chez les femmes, il nous parle de ces choses qui touchent l’amour. Ainsi en faisant pendre un bouquet d’Achillée, le couple qui s’endort dans son lit est promis à vivre dans 7 ans de bonheur. La plante entière séchée comme du tabac et fumer ensuite dans une pipe est réputée ouvrir l’esprit à plus d’érotisme. L’Achillée millefeuille est réputée comme plante de sagesse qui apporte non pas de torrides relations mais bien, permet de vivre les relations quotidiennes en harmonie. Et ainsi va la vie… Les plantes ont encore tellement de choses à nous raconter…

Géry de Broqueville

  1. Gérard Ducerf, L’encyclopédie des plantes bio-indicatrices, alimentaires et médicinales, guide de diagnostic des sols, Ed. Promonature, 2017.
  2. Collectif sous la direction de P. Depoers, De la lumière à la guérison, la phytothérapie entre science et tradition, Ed. Amyris , 2008. pg. 66.
  3. Wilhelm Pelikan, L’homme et les plantes médicinales, tome 1, Ed. Triades, 2002, pg. 308.
  4. Nicholas Culpeper (1616-1654), avait aussi enregistré que l’achillée est bien une plante de Vénus.
  5. Maria Thun, Mon année au jardin biodynamique, ed. MABD, 2017.
  6. Ehrenfried Pfeiffer, Fécondité de la terre et le visage de la terre, Ed. Actes Sud, 2016, pg. 244.
  7. Vincent Masson, Manuel pour l’élaboration et la mise en œuvre des préparations biodynamiques, Ed. Biodynamie Services, 2021, pg. 94.
  8. S.G. Fleischbauer, Plante sauvages comestibles, Ed. Ulmer, 2012, pg. 202.
  9. Bernard Bertrand, L’herbier érotique, histoires et légendes des plantes aphrodisiaques, Ed. Plume de carotte, 2005.
SUIVEZ NOS AVENTURES
POUR CONTINUER VOTRE LECTURE

Trop de croisements ?

Temps de lecture : 2 minutes Écrit en 2016, mon travail de fin d’étude en biodynamie portait sur l’introduction du monde fabuleux de la biodynamie dans le vignoble,

Bardane

Extrait fermenté de Bardane

Temps de lecture : 3 minutes C’est un peu par hasard que je me suis intéressé à des extraits fermentés moins connus que celles de l’ortie, la consoude

La prêle

Temps de lecture : 4 minutes La prêle ne sera pas cultivée au potager tant elle est invasive. La prêle doit être mise à distance de son terrain

"Cultiver son lopin de terre, si petit soit-il, est un acte de résistance" Pierre Rabhi

Nous contacter
  • +32 472/69.10.84 - Florian

  • info@pas-a-pas.be
  • 1560 - Hoeilaart - BELGIQUE
Notre newsletter
Notre mail permacole trimestriel, restez au courant des nouvelles du potager !
Vos données sont protégées