Sonne le glas du bourdon
・❥・ Le top des pollinisateurs


Chaque fois que je donne mon cours sur les animaux à Pas à Pas, je me dis qu’il faudrait que je creuse plus loin cette question du bourdon. Plus que l’abeille, le bourdon me fascine. Je me demande pourquoi cet insecte un peu pataud est si fascinant à mes yeux. Il sort de sa torpeur hivernale, le premier et il est le dernier à se réfugier sous la couette. En quoi est-il différent de ses consœurs ? Nous allons découvrir cela dans cette page. 1
Le bourdon fait partie du groupe des hyménoptères. Ce mot vient du grec humenopteros qui signifie « ailes membraneuses ». Ce groupe comprend pas moins de 130.000 espèces dont plus de 7000 peuplent la Belgique.2 Parmi les plus connus se trouvent les abeilles, les bourdons, les fourmis, les guêpes, les frelons, etc. Certains sont des ravageurs, d’autres des prédateurs des ravageurs ou des parasites. Les uns s’attaquent aux plantes, les autres aux animaux. Certains sont des animaux sociaux tandis que d’autres sont solitaires. Les tailles vont du millimètre à quelques centimètres.
De la naissance à sa vie d’adulte, les hyménoptère sont holométaboles, c’est-à-dire qu’ils sont obligés par passer par des étapes de métamorphose (œuf, larve, nymphe et adulte)
Comment différencier les espèces ?
Fort heureusement, parmi ces grandes familles des hyménoptères, les espèces permettent de différencier ces insectes. La fourmi fait partie des Formicidés, la mouche à scie est un symphyte, le bourdon, comme l’abeille et la guêpes sont des Apoidea. Ce serait quand même trop simple d’en rester là. Dans les Apoidea, il existe quand même ses sous-familles. Les apidés sont les abeilles (Apis), les bourdons (Bombus) et les xylocopes (Xylocopa).
Comme le bourdon fait partie de la famille des Apoidea, il est considéré comme faisant partie des abeilles sauvages qui forment de petites colonies estivales autour d’une reine. Ils font donc partie des abeilles sociales.
Il existe bien d’autres familles et sous-familles qui regroupent certaines guêpes dans l’une ou dans les autres tant il y en a. Il sera bien assez tôt pour parler de la guêpe. Et surtout ne confondons pas les insectes entre eux. Par exemple, le syrphe qui a un corps de guêpes est un diptère et fait donc partie des mouches. Les diptères ont deux ailes tandis que les hyménoptères en ont quatre, en tout cas pour les mâles.
La majorité ont des tailles de guêpes qui est un rétrécissement à la base de l’abdomen appelé pétiole qui semble attacher l’extrémité du corps (le gastre) au thorax. La plupart de femelles possèdent un ovipositeur qui est une sorte de tige pour percer un substrat et y déposer des œufs. (exemple chez les guêpes parasitoïdes). Chez certaines espèces, cet aiguillon a évolué vers un dard venimeux (abeille, guêpe). 3 Dans une moindre mesure on peut y associer les bourdons. 4
Les bourdons sont des abeilles
Mine de rien, même si les bourdons font partie du must du genre hyménoptère, des études complètes sur cet insecte manquent cruellement dans certaines langues, même en français. Nous allons essayer de remédier à cela pour l’étude du bourdon, tant qu’il est encore temps. 5
Les abeilles et les bourdons sont dans la catégorie ayant un organe buccale des lécheurs, alors que les guêpes sont dans la catégorie des broyeurs. Chez les bourdons, il y a ceux qui possèdent une longue langue : Bombus pascuorum, B. hortorum, B. sylvarum, B. ruderarius, B. humilis, B. subterraneus, B. distinguendus, B. veteranus. Et puis il y a ceux qui sont à langue courte : Bombus terrestris, B. mesomelas, B. lapidarius, B. pratorum, B. hypnorum.
Enfin une autre caractéristique et non des moindres, certains apidés se différencient des autres insectes par leur caractère social vivant en colonie dans une structure très hiérarchisée. De plus, le bourdon est bien plus poilu que les abeilles. Or ces poils lui donnent un aspect de fourrure. En réalité c’est plus qu’un aspect. Les nombreux poils font un effet de fourrure. Cela veut dire que l’on peut retrouver des bourdons dans les Alpes jusqu’à au moins 4000 m d’altitude, pollinisant la saxifrage 6 mais aussi au-delà du cercle polaire.
Des températures extrêmes
Comment un si petit organisme vivant est capable de garder une température constante de 35°C dans son thorax en cas de froid ou de chaleur et que son abdomen en fait 15 de moins ? La chaleur est produite par la contraction des muscles du vol. En vol, un bourdon bat des ailes 200 fois par seconde (soit 12.000 tiurs par minute). (voir note 17) C’est environ l’équivalent de la vitesse d’une moto à haut régime. Cela produit beaucoup de chaleur. Et donc pour battre autant de fois des ailes, il lui faut trouver assez de combustible. Le bourdon doit s’alimenter sans arrêt. S’il s’arrête de s’alimenter, 45 minutes plus tard, il meure de faim. Il lui faut une température de 30°C pour pouvoir démarrer son battement d’ailes.
En même temps, les bourdons sont des insectes du nord. On ne les trouve pas sous les Tropiques tout simplement parce qu’à 44°C, ils meurent. C’est la chaleur du corps des bourdons ouvrières qui réchauffe le couvain à une hauteur constante de 30°C. Et s’il fait trop chaud à l’extérieur de la ruche, les ouvrières expulsent le trop-plein de chaleur en jouant aux climatiseurs. un nid de bourdons placé dans un environnement à -30°C est capable de maintenir la température constante de 30°C au degré près. C’est inouï. 7
L’habitat du bourdon
Le Bombus terrestris porte bien son nom. Son nid est souvent établi dans des anciennes cavités dans le sol qui ont été habitées par des souris ou des mulots. Une étude très sérieuse a été menée et qui démontre que ce n’est pas l’odeur de ce petit rongeur mais bien celui du Campagnol des champs (Microtus arvalis). 8 Le bourdon va tapisser l’intérieur des cavités avec des matières de nidification imprégnées de cette odeur. Cela veut dire que si la reine des bourdons choisit, parfois, les nichoirs des mésanges pour s’y installer, c’est que l’odeur est similaire ou que la reine a trouvé des matériaux ayant touchés un Microtus.
C’est pour cette raison que dans un potager, il est important de laisser ces petits trous dans le sol pour que les essaims de bourdons s’y établissent dès le printemps jusqu’à la fin de l’automne. L’essaim de bourdon disparaît, seule la reine survit en s’éloignant et ira se cacher dans une anfractuosité d’un arbre pour y passer l’hiver bien au chaud, en toute quiétude. Les bourdons sont des insectes eusociaux. 9 En tout cas, il est sûr que la reine, vers le début mars, va revenir dans le même nid pour pondre ses œufs et élever les premières ouvrières. A la pleine saison, un nid peut compter entre 300 et 400 bourdons essentiellement composés d’ouvrières qui vivent de 10 jours à un mois et demi selon la tâche à accomplir.
Ne cherchez pas à découvrir le nid
Ces terriers utilisés vont parfois jusqu’à 2 mètres de profondeur généralement tapissés de feuilles par son occupant précédent. 10 Et donc il est très difficile de découvrir un essaim de bourdons. On peut l’imaginer, mais très peu de personne n’en ont déjà vu. L’auteur du livre déjà cité ici, Eric Grissel, de sa vie n’en a vu que deux en 50 ans de recherche !
Surtout si vous découvrez un trou où des bourdons s’engouffrent, ne déterrez pas le nid. Vous allez exciter la reine qui va vous piquer. La reine des bourdons peut vous piquer plusieurs fois. Elle ne perd pas son dard. Mettez-vous dans la tête qu’il faut tout faire pour ne pas détruire le nid. Les bourdons ne vous attaquent que si vous dérangez le nid.
Au cœur de l’abri
L’intérieur du nid est constitué de pots de cire pour stocker le nectar, de cellules de couvain en cire en forme d’amphore ou d’œuf et d’une enveloppe de cire ou de pollen aggloméré, souvent tapissée de matériaux isolants comme des feuilles, de la fourrure animale, ou des isolants tels que de la laine de verre ou autre. A la fin de l’été, quand les ruches d’abeille se désemplissent et se préparent à l’hiver, la reine des bourdons recherche cette cire et l’apporte dans son nid pour préparer la saison suivante. Elle collecte ensuite des ressources à l’extérieur pour construire son nid et le remplir. Comme la reine revient dans son nid de naissance, elle prépare déjà l’arrivée des nouveaux bourdons pour l’année suivante.
Il est possible d’acheter une boîte de nidification pour bourdon. Cette boite porte aussi le nom de ruche à bourdon. Cela coûte assez cher alors qu’il est possible de les réaliser soit même. Il en existe une en Allemagne qui est enterrée et que l’on ne bougera plus. Certains bourdons préfèreront une boîte à bourdons qui ne sont pas dans le sol comme on en trouve en Suisse. 11 Quoiqu’il en soit, il est important de placer une ou deux solutions d’abris pour les bourdons, tant ils sont soumis à des contraintes modernes qui accélèrent leur disparition.
La migration des reines bourdons
Le bourdon ne migre pas ! Il ne fait pas partie des animaux migrants comme le syrphe ou la libellule. Et pourtant, deux entomologistes normands découvrent le 18 mars 2009 un phénomène bizarre à l’embouchure de la Seine. Il constate la présence de centaines de bourdons qui ne font que passer au-dessus d’une longue dune de sable dépourvue de toute végétation en fleurs. Ils reviennent deux jours plus tard au même endroit et constatent le même phénomène : « Les bourdons se dirigent droit au sud, parallèlement au rivage, sans hésitation ni retour en arrière, à peine quelques courbes. Le vol est bas et rapide. (…) Les bourdons sont là et ils continuent de passer avec détermination comme des oiseaux migrateurs… sauf qu’ils se dirigent à contre-sens du mouvement général : les hirondelles croisent vers le nord, les bourdons progressent vers le sud, n’hésitant pas à traverser l’estuaire, au-delà des ruets et des bancs de sable qui les séparent de la rive gauche. » 12
L’entomologiste arrive à capturer un de ces bourdons pour déterminer l’espèce qui vole ainsi le long du littoral. Ce n’est pas chose facile d’autant que le bourdon fait du 3m/seconde comme vitesse. Il est très probable que la ligne côtière lui permet de se repérer et de ne pas se perdre en mer. Il s’agit d’une reine fécondée Bombus terrestris ! Le plus banal de tous les bourdons.
Autres lieux de migration ?
Intrigués par ce phénomène, il constate qu’une seule observation a été réalisée par un autre entomologiste qui était sur un bateau en pleine mer, parti d’Angleterre et se dirigeant vers la France. Il a constaté que des bourdons volaient en parallèle avec le bateau à vive allure. Cette observation faite quelques années plus tôt s’est déroulée le 18 mars à une centaine de kilomètres, à vol d’oiseaux, plus au nord ! Coïncidence ? Il cherche ensuite si des observations ont été déjà réalisée en Europe et tombe sur deux articles produits par des Finlandais.
Quels facteurs déclenchent la migration des bourdons ?
Ces articles évoquent que les premières observations remontent à 1906 mais sont assez rares depuis lors. Autant les migrations de bourdon sont annuelles le long des côtes finlandaises en mai-juin, autant elles sont irrégulières en Normandie, en mars. 13 En tout cas, les observations sur le comportement des reines bourdons sont exactement les mêmes dans les deux régions.
En ce qui concerne les bourdons, il s’agit d’une migration « post-hibernation » effectuée strictement par des femelles fécondées avant maturation de leurs ovaires. (…) Les entomologistes finlandais ont remarqué que, si les maladies, les parasites, les parasitoïdes, ou encore les conditions climatiques n’ont pas d’influence majeure sur les niveaux de populations de bourdons, en revanche il existe une corrélation évidente entre les effectifs d’hyménoptères sociaux terricoles et les fluctuations cycliques des populations de campagnols (Microtus arvalis). (…) Ainsi les hautes densités de campagnols sont fortement corrélées avec la mortalité des bourdons et de plus, les années d’abondance de rongeurs, le nombre de sites potentiels de nidification pour les bourdons chute de façon significative. 14
Cette théorie séduisante date de l’an 2000. Depuis lors aucun entomologiste ne s’est intéressé à cette question donc les connaissances de ces moments de migrations restent hypothétiques. Mais cela valait la peine de faire cette recherche pour casser le mythe de la situation casanière des reines des bourdons à la fin de l’hiver. Il y a encore tant de découvertes à faire en ce qui concerne les insectes.
Et donc, ce n’est pas si bête de penser à mettre une ou plusieurs ruches à bourdon dans son potager surtout dans le cas de prolifération de petits rongeurs.
La reproduction
Du début au milieu de l’été, la reine féconde ayant déjà pondu beaucoup d’ouvrières, commencera à pondre des mâles et des femelles fécondes. C’est à ce moment-là, qu’à l’issue des accouplement et jusqu’à l’automne, le nombre des ouvrières et des mâles décroit pour disparaître totalement à la mort de la vieille reine, laissant seulement de jeunes femelles fécondées aptes à fonder leur propre colonie au printemps suivant. 15
Contrairement à d’autres insectes, ce sont uniquement les bourdons mâles qui émettent des phéromones pour attirer la femelle. Un mâle va marquer quelques tiges avec des sécrétions de sa glande mandibulaire située au niveau de son appareil buccal. Les femelles se dirigent vers les une des tiges et attendent l’arrivée du mâle qui est probablement en train d’inspecter toutes les tiges déjà humectées par ses soins. 16
Les bourdons mâles se distinguent par leurs antennes plus longues et sont visibles généralement en été. Favoriser la reproduction, c’est aussi laisser les herbes folles pousser dans votre espaces potager. Ne tondez la pelouse que le plus tard dans l’année comme cela tous les insectes auront eu le temps de procréer. Pour ma part, je tond à la broussailleuse une fois l’an, en septembre.
L’alimentation du bourdon
Contrairement aux abeilles, le bourdon ne ramènera que du pollen pour nourrir les larves. Le bourdon est comme une abeille sur ce coup-là, ses poils vont se couvrir de pollen sur l’ensemble du corps. C’est ainsi que passant d’une fleur à l’autre il va participer à ce merveilleux phénomène qu’est la pollinisation. Il récolte sur ses pattes arrières des pelotes de pollen qu’il apportera dans le terrier pour nourrir les diverses générations de bourdons qui s’y trouvent.
Contrairement aux abeilles, le bourdon n’est pas intéressé par le nectar qu’il réserve donc à d’autres insectes comme les Apis mellifera. Le seul aliment qu’il prend sur une plante est donc le pollen.
Régulation naturelle des Bombus
Comme n’importe quel autre être vivant, le bourdon est assujetti à des attaques de prédateurs ou à des maladies en provenance des champignons.
Les prédateurs du bourdon
Il faut chercher du côté des acariens qui sont les principaux parasites du bourdon. Les Parasitellus sont des acariens qui vivent dans les nids de bourdons. Ils raffolent de la cire d’abeille ce que l’on appelle du cleptoparasitisme mais nettoient le nid des microarthropodes. 18 Ils peuvent aussi être observés quand une reine cherche un site de nidification. Le parasite s’installe sur son corps pour accéder plus vite dans son lieu de prédation.
Un autre parasite, le Locustacarus buchneri s’installera dans les poumons du bourdon. Ce parasite vivra autant de temps que le bourdon vivra tout en sachant que le parasite diminue le temps de vie de son hôte.
Il existe au moins un nématode (Sphaerularia bombi) qui infeste les reines des bourdons au moment où elles hibernent dans le sol. Ce nématode entre par l’orifice anal. Ce nématode inhibe le développement des ovaires. On appelle cela une castration parasitaire. La reine n’arrive pas à fonder un nid. Elle va voler sans but précis au niveau du sol, va s’y arrêter à différents moments. Ce sont ces moments choisis par les larves pour sortir de la reine. La reine volant dans tous les sens va favoriser la dissémination des parasites un peu partout.
Prendre possession du corps de l’autre
Le Conopidae est un diptère qui a un corps ressemblant à une guêpe ou une abeille solitaire. Cette mouche se nourrit de nectar donc on la verra sur une fleur. C’est là qu’elle attendra sa proie. Un bourdon passant par là, le diptère va s’accrocher sur le dos du bourdon pour le piquer, avec son appareil ovipositeur et ainsi injecter dans le corps du bourdon un œuf blanc et brillant. Le développement de l’œuf en larve entraine la mort du bourdon en trois semaines maximum.
Le modus operandi est toujours le même pour chaque parasite. Prendre possession du corps de l’hôte parasité pour permettre à sa descendance de s’y développer et de sortir du corps épuisé ou mort de l’hôte et se répandre dans l’environnement. Ainsi il en va de même pour un autre hyménoptère (Syntretus splendidlus) qui squatte le corps du bourdon mais cette fois avec une soixantaine d’œufs pour les reines et une vingtaine pour les ouvrières.
Les maladies du bourdon
Les germes pathogènes que l’on observe chez tous les bombus proviennent soit des protozoaires soit des champignons. Pour ce qui est des premiers, les symptômes sont en général presque les mêmes. Les symptômes de la maladie se manifestent par une diminution de la capacité de vol, une réduction de l’activité et de la durée de vie, une production éventuelle plus faible d’ouvrières et de sexués, et la mort. (…) Les Bourdons peuvent être envahis par des champignons qui se développent dans la majorité des cas chez les reines en hibernation. 19
Les bourdons parasites
Certains bourdons sont des parasites On les appelle les bourdons-coucous ou parasites sociaux qui profitent des autres essaims pour assurer leur descendance. Ils font élever leurs larves par les ouvrières d’une espèce travailleuse. En fait, la reine bourbon-coucou va entrer dans un nid de bourdons et tuer la reine qui s’y trouve. Elle prend sa place, élimine les larves des cocons, pond ses œufs et fait entretenir ses larves par les ouvrières présentes qui n’y voient que du feu !
Une seule génération est produite, contenant les mâles et les femelles de l’espèce parasite. Une fois fécondées, les jeunes femelles cherchent un site d’hibernation où elles passeront l’hiver. Au printemps suivant; le cycle de parasitage recommencera. Par exemple, le bourdon des prés (Bombus sylvestris) va occuper un nid d’un Bombus pratorum. Le Bombus campestris s’en ira voir du côté des Bombus pascuorum, très courant en Belgique qui n’est autre que le bourdon des champs. Le Bombus terrestris est squatté par le Bombus (Psithyrus) vestalis. Ce dernier est en voie de disparition en Belgique.
C’est assez ennuyeux ce genre de parasitisme parce que le bourdon-coucou ne forme pas de colonie à proprement parler, ne produit pas d’ouvrières et ne récolte pas de pollen, donc n’assure pas la pollinisation des fleurs. Mais nous ne pouvons rien y faire, ainsi va la nature du bourdon.
Utilité du bourdon
Dans le potager
Comme la nourriture de choix du bourdon est le pollen, il est évident qu’il est important d’avoir des bourdons dans son potager. Les bourdons sont deux fois plus pollinisateurs que les abeilles. Ils transportent plus de pollen d’une fleur à l’autre.
La vibration de ses ailes permet de détacher le pollen et ainsi de polliniser la plante même sans la toucher. Pour libérer le pollen, les abeilles sauvages et donc les bourdons se posent sur la fleur et font vibrer leurs muscles alaires à une très haute fréquence. 20 C’est essentiel pour les solanacées dont la tomate, que les bourdons arrivent dans la serre pour polliniser de cette façon. Le bourdon est un pollinisateur beaucoup plus efficace que l’abeille, notamment pour les plantes à fleurs tubulaires comme les tomates, les courges, les lilas ou la glycine.
Parce que la pollinisation est mieux faite avec les bourdons ouvrières, les rendements augmentent. Quand il y a assez de bourdons dans le potager, la pollinisation bien réussie se vérifie sur les bébés courges ou courgettes ne pourrissent pas sur place. ce pourrissement est la preuve d’une pollinisation inachevée. Pour ce qui est des fruits, ils seront mieux développés si ce sont les bourdons qui sont passés par là. Même par temps de pluies voire de grand vent, alors que tous les animaux, nous y compris, et avec les plantes, nous rentrons tous la tête entre les épaules, le bourdon continue son travail de pollinisation. 21
Comment les attirer ?
Planter des fleurs qui apportent beaucoup de pollen comme certaines Astéracées comme la marguerite, tournesol camomille, chrysanthèmes. Les bourdons sont intéressés aussi par les aubépine, bouillon blanc, bouleau, bourdaine, brunelle, châtaigner, coquelicot, marronnier, merisier, noisetier, saule marsault, qui produisent abondamment du pollen. Attention, les personnes allergiques au pollen et les bourdons ne font pas bon ménage.
Bien sûr, vous pouvez créer des bandes fleuries avec de multiples fleurs mellifères pour les abeilles. Pensez à y semer des plantes à fleurs tubulaires pour les bourdons à langue longue. Notez bien ces derniers ont alors une préférence pour les Fabacées et/ou Lamiacées. N’oubliez pas qu’il faut des fleurs pour tous types d’insectes pollinisateurs. Il n’y a pas que des abeilles sur notre belle planète.
Certains bourdons ont leur spécialité comme le bourdon des champs (Bombus pascuorum). Ce bourdon raffole des ronces. Il fait partie des innombrables insectes qui peuplent le royaume de la ronce. 22
Dans la vie humaine, un peu de légèreté…
Et pourtant, il existe une phrase pas très positive pour notre insecte : « avoir le bourdon« , qui signifie être déprimé ou avoir le cafard.
Mary Kay Ash essaie de récupérer la bête en disant ceci de lui : D’un point de vue aérodynamique, le bourdon ne devrait pas être capable de voler, mais le bourdon ne le sait pas, alors il continue de voler quand même. Cette phrase pourrait être dite ainsi : Faites comme le bourdon : croyez à l’impossible ! Tous les écrivains sont durs avec le bourdon comme Hervé Bazin dans Le Matrimoine écrit en 1967 : L’accouchement de sa femme est une épreuve où l’inutilité de l’homme rejoint l’incontestable inutilité du bourdon.
Même Daniel Cohn-Bendit, en 2009, dans son Petit traité d’imagination politique à l’usage des Européens, s’y est à taper du sucre sur le bourdon tout en lui reconnaissant quelques mérites : En somme, les bourdons sont un peu comme nos inactifs (chômeurs, retraités, étudiants) : leur production matérielle est proche de zéro, mais ils participent à la pollinisation, produisent du réseau, de l’information, du lien social.
Un peu de positif que diable !
Voir un bourdon en rêve peut suggérer la compréhension des autres et l’équilibre entre le travail et la vie privée, ainsi que l’équilibre dans n’importe quelle situation de travail. Le bourdon dans un rêve peut être un signe pour être plus responsable dans la vie.
Il faut se tourner vers l’ésotérisme pour trouver un bourdon positif. Le bourdon est souvent vu comme un symbole de transformation et de renouveau. Il est associé à la fertilité et à la prospérité, des qualités qui trouvent écho dans de nombreux rituels et pratiques spirituelles.
Le bourdon est également vu comme un messager des dieux, apportant des nouvelles de renouveau et de prospérité. Le bourdon peut être un puissant outil de méditation et de quête spirituelle. En observant son vol lourd et déterminé, nous pouvons nous connecter à des qualités de patience et de résilience, essentielles pour notre croissance personnelle. Imaginez-vous en train de suivre le bourdon dans son vol, ressentant sa détermination et sa grâce.
En voie de disparition ?
Pour ce qui est des Bourdons terrestres (Bombus terrestris), on peut clairement dire qu’il n’est pas prêt de disparaître. Il est bien présent dans toute l’Europe et il ne semble pas préoccupé par le réchauffement climatique. Il n’en va de même du bourdon des forêts (Bombus lucorum), du bourdon cryptique (Bombus cryptarum) qui est déjà en train de disparaître de Belgique à cause du changement climatique. Il en va de même pour tous les autres bourdons de Belgique. Il semblerait que depuis que l’on n’utilise plus de désherbants chimiques dans les sphères communales et privées, il y a une légère augmentation de bourdons en Belgique. On aurait repassé entre 20 et 30 variétés de bourdons alors qu’il y a 100 ans, on pouvait en compter 70 !
En tout cas, les scientifiques de Natagora font de plus en plus appel à l’observation individuelle de ses membres pour comptabiliser l’ensemble des animaux et spécialement les insectes et les oiseaux situés dans notre pays. Pour essayer de déterminer le nom des bourdons que vous voulez identifier, il existe un atlas des hyménoptères sur Internet. Il répertorie tous les bourdons ayant existé ou existant encore en Belgique.
C’est intéressant de connaître ceux qui ont disparu de notre territoire. Rien ne nous dit qu’ils ont réellement disparu alors que pendant 100 ans personne n’en a identifié. Prenons l’exemple du Bombus wurflenii qui a été observé une des dernières fois en 1877 est réapparu, détecté par un étudiant de Gembloux, en…1997.
En conclusion…
Comme quoi, ne désespérons pas trop vite de la dégradation de la nature effectuée par l’homme. Oui il y a encore diminution du nombre d’hyménoptères, mais la diminution de l’utilisation des produits chimiques de synthèse a montré que l’augmentation de la biodiversité est encore possible. C’est sans compter la stupidité ou l’avidité des fonctionnaires et parlementaires européens qui sont capables de manger leurs paroles en votant à nouveau la permission de l’utilisation de ces produits destructeurs de la nature.
De nature optimiste, j’ose espérer que nous ne devrons pas, un jour, porter nos plants de tomates au sommet des cathédrales pour en assurer la pollinisation au son de l’unique cloche, le bourdon, capable de donner la même fréquence que celle des Bombus.
Géry de Broqueville
- Nous ne parlons pas du faux-bourdon qui est le mâle de l’abeille. Pour comprendre son rôle, je vous invite à découvrir l’abeille en ces pages du blog : Abeilles, fourmis et nœuds Hartmann, Le bourdonnement des abeilles, En recherchant ces articles dans le blog je me rends compte que le nombre d’articles n’est pas si important. Il n’y en a pas un qui aborde la question de l’abeille aussi profondément que je suis en train de faire pour le bourdon. Cela va donc changer ! ↩︎
- Actuellement, il est impossible de donner le nombre pour le Sénégal étant donné le peu de moyens d’études existant dans le pays. ↩︎
- Gaël Cardinal & Raphaël Sané, Insectes, ed. Tana, coll. Les carnets du scatabée, 2023, p.83. ↩︎
- Seule la reine peut piquer ce qui est un phénomène très rare sauf quand on la dérange de manière intempestive. Je ne connais pas encore de potagiste piqué par une reine ! ↩︎
- Dans la majorité des livres la connaissance des bourdons ne se fait qu’à travers les abeilles voire les guêpes. c’est normal puisque le bourdon est une abeille. Or les abeilles sauvages sont peu étudiées. ↩︎
- Gregory Roeder & Stephane Hette, Histoires surnaturelles, Alliances, ruses et stratagèmes entre plantes et insectes, Ed. Salamandre 2022, p.116. ↩︎
- Dave Goulson, Ma fabuleuse aventure avec les bourdons, Ed. Gaïa, 2019, p.65-69. ↩︎
- Pierre Rasmont & Co, Bourdons d’Europe et des contrées voisines, ed. NAP, 2021, p.206 ↩︎
- L’eusocialité est un mode d’organisation sociale animale sophistiqué. Les groupes d’individus composant la société sont organisés en castes caractérisées par un polymorphisme. Une caste reproductrice (composée d’un seul individu) se distingue d’une caste non reproductrice. La vie communautaire s’exerce au sein d’une colonie où s’exprime la complémentarité des individus. (…) Les générations coexistent, permettant une entière coopération de la communauté, en particulier dans l’élevage collectif des jeunes. Voire le Cari. ↩︎
- Eric Grissell, Les insectes au jardin, en quête d’un jardin écologique, Rouergue, 2009, p.254. ↩︎
- En Belgique, il est possible de trouver aussi des ruches à bourdons, chez Ecoflora. En Allemagne pour une ruche souterraine. En Suisse, pour une boite en bois de surface. ↩︎
- Alain Livory, Un phénomène peu connu : une migration de bourdons, Bull. trim. ass. Manche-Nature, L’Argiope N° 64, 2009, p.56. ↩︎
- Que ce soit en mars, en Normandie, ou en mai-juin, en Finlande, cela s’explique par la différence de la durée des grands froids entre les deux pays. ↩︎
- Livory, p.62. ↩︎
- Philippe Boyer, Abeilles sauvages, Ulmer, 2015, p.25 ↩︎
- Grissel, p.81. ↩︎
- Je suis en train de lire le livre de Dave Goulson, Ma fabuleuse aventure avec les bourdons, ed. Gaïa, 2019. Il signale que c’est très rare de pouvoir assister à ce moment de la copulation entre bourdons, d’autant que cela se passe dans les hautes herbes. J’ai eu une très belle occasion de filmer cela dans notre potager d’Eghezée ! ↩︎
- Les microarthropodes sont de minuscules insectes comme des araignées mais avec une taille de 0,2 mm. Cet organisme tient un grand rôle dans la décomposition de la matière organique et la régulation des populations microbiennes. ↩︎
- Pouvreau A. et Robert P., Maladies et parasites des bourdons, INRA-CNRS, sd, p.11. Pour une analyse en profondeur, je vous recommande ce travail. ↩︎
- La fréquence mesurée des ailes de bourdon est d’environ 130 battements par seconde ce qui veut dire une puissance de 130 Hz lorsqu’il. En position stationnaire devant une fleur pour assurer une pollinisation d’une solanacée, son battement monte entre 430 et 450 Hz selon sa taille. C’est énorme pour de tout petits insectes. Ce chiffre varie en fonction de la grosseur de l’insecte. ↩︎
- Quoique l’année 2024 a été dévastatrice pour les bourdons à cause de la météo. Nous assistons, de plus en plus, à une augmentation des conditions météorologiques extrêmes. Le printemps humide et l’été frais ont eu un impact massif sur les populations de bourdons, qui sont déjà aux prises avec la perte d’habitat, la diminution des fleurs et l’utilisation de pesticides. ↩︎
- Pour connaître les habitants du massif de ronce, je vous renvoie sur l’article consacré à ce sujet : La ronce. ↩︎
👤 Géry de Broqueville
📅 11 janvier 2026

Meilleur livre de permaculture
La permaculture pratique étape par étape. Grâce au livre, lancez votre espace comestible & permacole. Plus qu’un livre, un vrai guide, un mode d’emploi pour démarrer votre forêt-jardin et votre potager.



