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Le mildiou

Temps de lecture : 7 minutes

En 2021, les potagistes belges n’ont pas eu beaucoup de chance avec les tomates repiquées en extérieur. Le mildiou est arrivé, conséquence des pluies diluviennes de la mi-juillet ont eu raison de la plupart de leurs plants. Au fil du temps, les tomates des serres se sont aussi faites la malle emportées par le même parasite.

Qu’entend-on par mildiou ?

Le mildiou est considérée comme une maladie cryptogamique, alors qu’elle provient d’un parasite que l’on appelle pseudo-champignon. Très longtemps, les scientifiques les ont considérés comme des champignons mais, en réalité, ce sont des microscopiques parasites apparentés aux Chromista très sensibles au cuivre.

Par tradition, ces parasites ont été classés dans la famille des champignons. Ils font parties de la classe des Oomycètes dont il existe 14 espèces principales. Par exemple, l’espèce Plasmopara viticola est le mildiou de la vigne. Le mildiou des cucurbitacées porte le doux nom de Pseudoperonospora cubensis. Phytophthora cactorum s’attaque aux fraisiers. Le mildiou de la pomme de terre et de la tomate porte le nom de Phytophthora infestans. En fait, ces deux derniers légumes font partie des solanacées. Il est donc normal que ce soit ce même parasite qui attaque les deux plantes, comme du reste l’aubergine ! (1)

L’agent causal de cette maladie provient très probablement d’Amérique du Sud et a été introduit en Europe au milieu du XIXe siècle.

Les différentes espèces de champignons se manifestent par des taches brunes sur la feuille, sur le pétiole ou sur les tiges. Sur l’envers de la feuille, l’apparence de moisissures blanches et cotonneuses apparaît. Il s’ensuit un flétrissement général de la feuille, d’un rameau ou de toute la plante. Le tubercule ou le fruit atteint devient brun et pourrit rapidement. Il ne sert à rien de conserver les fruits ou racines, car en cours de conservation, ils vont dégager une odeur désagréable et forte.

Le mildiou apparaît quand l’atmosphère est chargée à au moins 75% d’humidité et avec une température avoisinant les 15°C. C’était le cas après le 15 juillet 2021, date de démarrage de l’attaque généralisée de mildiou sur l’ensemble de la Belgique.

Comment se débarrasser du mildiou ?

Autant le dire tout de suite, il est impossible de se débarrasser de ce parasite. Il est bien implanté sur notre planète dans tous les pays tempérés. Comme vous le verrez ci-dessous, il y a peu de moyens bio pour lutter contre ce fléau.

Semer des plantes résistantes

Les chercheurs se sont demandés pourquoi certaines tomates anciennes avaient une capacité naturelle de résistance au mildiou. Ils ont identifié trois gènes Ph1, Ph2 et Ph3 dont les deux premiers sont importants et le troisième a une fonction majeure dans la résistance à la maladie. Les agronomes ont patiemment croisé ces variétés anciennes qui n’avaient pas un goût particulièrement bon avec des variétés au goût meilleur. Il ont obtenu les variétés citées ci-dessous.

  • Crimson Crush F1, Ultra résistante – gènes Ph2 & Ph3
  • Defiant PhR F1, Ultra résistante – gènes Ph2 & Ph3
  • Fantasio F1, Ultra résistante – gène inconnu
  • Iron Lady F1 bio, Ultra résistante – gènes Ph2 & Ph3
  • Jasper F1 bio : extra résistante – gène(s) Ph2 et/ou Ph3
  • Legend (stabilisée) : excellente résistance – gène Ph2
  • Matt’s Wild Cherry bio (une “vieille sauvage” classique) : extra résistante – gène Ph3 probable
  • Maestria F1 excellente résistance – gènes inconnus.
  • Mountain Magic F1 : ULTRA résistante – hétérozygote Ph2 & Ph3
  • Mountain Merit F1 : ULTRA résistante – hétérozygote Ph2 & Ph3
  • Plum Regal F1 : extra résistante – homozygote gène Ph3
  • « Philovita F1« .
  • Deux tomates reproductibles sont également résistantes au mildiou. Il s’agit de la « Skykomish » produite par Tom Wagner (USA) et la tomate ancienne « Tegucigalpa » du nom de la ville hondurienne où elle est née. Cette dernière a probablement les trois gènes de résistance.

Bien sûr, « ultra résistance » ne veut pas dire invulnérable : on constate parfois quelques symptômes légers sur ces variétés. Pour rappel, les tomates F1 ne sont pas reproductibles.

Enfin, comme la grippe humaine, les différentes souches de mildiou s’adaptent aux mécanismes de résistance avec plus ou moins de succès, selon la météo et le soin apporté aux plantes… Le gène Ph2 n’a un impact de résistance que contre certaines lignées précises de Phytophtora. Le gène Ph3 offre une résistance plus forte pour la plante qui le possède puisqu’elle est beaucoup moins dépendante de la nature de l’agresseur. La combinaison Ph2 et Ph3 est intéressante car l’ensemble est supérieur à la somme des parties !

La prévention

Il existe de multiples propositions sur Internet pour lutter contre le mildiou à titre préventif. Cette année, nous n’avons pu prévoir quoi que ce soit contre l’arrivée du mildiou, car nous étions en vacances.

Le premier acte à faire est de retirer les feuilles sur la première moitié de la tige en partant du sol. Il est même admis que l’on ne peut garder que le tiers supérieur des feuilles ce qui en fait une une plante bien soignée. Cela n’aura aucun impact sur la production. Et surtout, ne mouillez jamais volontairement ou accidentellement le feuillage, le mildiou adore ça !

Toutes les feuilles atteintes doivent être retirées et écartées.

Imaginons que nous étions présents dans le potager. La première chose aurait été d’être attentif à ce que l’Institut royal de météorologie (IRM) avait à nous dire. En effet, il a prévenu sous forme d’alerte rouge qu’il allait tomber entre 150 et 200 mm de pluie en quelques heures. Personne n’a imaginé ce que cela représentait comme quantité de pluie !

Nous aurions pu pulvériser une décoction pure d’ail ou de bardane diluée à 20% sur l’ensemble des plantes sujettes à des attaques de mildiou. (2) Il fallait pulvériser tous les jours, avant l’arrivée de la pluie. Le faire durant la pluie ne sert à rien puisque celle-ci va nettoyer les feuilles de la décoction. Cette décoction d’ail va s’attaquer au mildiou, à la cloque et à la rouille (3).

Lors d’une visite auprès de maraîchers, début août, nous avons constaté que les tomates présentes dans les serres commençaient à subir des attaques par le parasite avec un décalage de quelques semaines. Pour contrer ce phénomène qui n’était pas encore arrivé chez nous, nous avons pulvérisé une décoction d’ail. Certes le processus d’attaque a été freiné pendant quelques jours, mais cela n’a pas suffi. Nous constatons une avancée inexorable de la maladie bien que nous constatons un certain ralentissement.

En préventif, il s’agit de donner des armes à la plante sujette au mildiou en renforçant sa capacité d’agir. En effet, dès qu’elle est attaquée, la plante se place en mode autodéfense avec un système de « réaction nécrotique d’hypersensibilité« . La plante « tue » celles de ses cellules en contact avec le parasite pour enrayer sa progression. Ce « suicide » cellulaire interrompt le cycle de reproduction de Phytophthora infestans.

Pour aider la plante à effectuer cette auto-défense, il est possible d’utiliser la prèle associée à la bardane, la fougère et l’ortie. Ce mélange permet d’avoir un effet éliciteur sur les défenses de la plante et finalement lui permet de se battre sans nous… Il n’est pas garanti à 100%, que cela va fonctionner. En effet, si l’attaque est foudroyante comme en 2021, il est possible qu’il faille passer au curatif très rapidement.

Le curatif

Un semencier en biodynamie habitant la Drôme en France, Sébastien Berthier, réalise diverses expériences sur le mildiou de la tomate. Il nous dit ceci : « J’ai pu constater qu’une infusion de sauge officinale stoppait net une attaque de mildiou et pouvait en 48 heures permettre à la plante de prendre le dessus ! Récoltez 150 g de sommités fleuries de la plante fraîche (ou 200 g de feuilles) pour 10 l d’eau de pluie. Portez à 80°c et laissez refroidir, filtrez et pulvérisez pur« .

Il propose aussi d’utiliser de l’huile essentielle de romarin pour ceux qui n’auraient pas de sauge officinale au jardin. La recette est de mettre 20 gouttes d’huiles essentielles dans un pulvérisateur de 5 l. Il constate ceci : « La plante a su reconnaître la maladie et fabriquer ses propres anticorps, qu’elle isole les parties atteintes (un liseret jaune sur le bord des tâches qui sont sur les feuilles , par exemple) et que ces parties s’assèchent à force de ne plus être alimentées , la plante se débarrasse ainsi de cet indésirable !« 

Il en résulte, selon lui, une réussite complète sur le mildiou de la tomate avec un traitement le matin ou le soir, peu importe, pulvérisez bien toute la plante. Ce traitement agit aussi sur le mildiou de la pomme de terre. Fournissez leur un milieu de vie sain et nutritif et il y aura déjà moins de soucis !

Il est intéressant de noter que l’inquiétude gagne le monde agricole conventionnel car tous les types de mildiou ont muté vers des souches beaucoup plus résistantes contre les fongicides de synthèse inventés jusqu’ici. Cela veut dire que le mildiou pourrait devenir à terme une des maladies les plus foudroyantes pour les plantes.

A ne pas faire !

Comme le mildiou se déclenche dès que la température est trop basse, 10°C par exemple avec un taux d’humidité de minimum 75% il faut en réalité, faire l’inverse de ce que l’on fait avec l’oïdium. Il faut absolument protéger les plants en augmentant la température. Le mildiou ne peut pas vivre à des températures plus élevées que 30°C. Il ne faut pas ouvrir et aérer les serres pour laisser passer de l’air. Bien au contraire, en cas de soleil, il faut fermer les écoutilles durant au moins 72 heures pour éliminer le parasite.

Et surtout, pas de cuivre avec la bouillie bordelaise. En effet, ce produit utilisé en bio est composé de soufre et de cuivre. Certes, ce dernier métal est des plus intéressants puisque nous avons vu en début de texte que le mildiou est un parasite apparenté aux Chromista, sensible au cuivre. Le problème est que le cuivre s’accumule dans le sol et finit par détruire sa vie microbienne. A force d’utiliser la bouillie bordelaise, la terre devient aussi morte qu’un champ traité par des produits phytosanitaires chimiques de synthèse.

A essayer !

La bouillie bordelaise peut être remplacée par du bicarbonate de soude. Préparez une solution de un litre d’eau, trois cuillères à café de bicarbonate de soude alimentaire et une cuillère à soupe d’huile d’olive bio. Appliquez cette mixture, en préventif, dès les premières tâches.

Et si nous essayons une infusion de plantes qui possèdent du cuivre de manière naturelle. Nous avons identifié la feuille de millepertuis Hypericum perforatum comme étant la plante ayant le plus haut taux de cuivre (154.5 mg par 100 g de feuilles) (4) Nous en avons identifié deux ou trois plants dans la prairie de la voisine.

Parmi toutes les espèces de millepertuis formant le genre Hypericum, l’appellation sans épithète de millepertuis désigne généralement le millepertuis perforé, c’est-à-dire la plante sauvage ou commune. Les petites feuilles donnent un aspect, par transparence, de mille pertuis qui, en vieux français, veut dire trou ! Le surnom le plus connu est « herbe de la Saint-Jean » et est utilisé en médecine largement popularisée pour ses effets antidépresseurs.

Le millepertuis Hypericum perforatum dans la prairie de la voisine.

Cette Plante vivace de 25 à 100 cm de haut était considérée au Moyen-âge comme une plante magique appelée « chasse diable ». Le traité de médecine de Dioscoride (+ 90 ap. JC) le préconisait déjà dans ses ordonnances.

Cet Hypericum perforatum est cultivé surtout dans les pays de l’Europe de l’Est. Pour l’année prochaine, nous allons essayer de le semer en plus grande quantité pour le tester si jamais le parasite du mildiou venait à attaquer un de nos légumes. Gardons simplement à l’esprit que seul ce millepertuis pourrait permettre de stopper le mildiou, avec apport de cuivre naturel ! (5)

Nous avons voulu faire un tour très complet de cette maladie qui est synonyme de catastrophe pour tous les potagistes et les maraîchers. Nous avons fait l’amère expérience de ce désastre annoncé. Cela nous permet aussi de rester humble face à la nature.

Géry de Broqueville

  1. Le mildiou touche agrume, artichaut, betterave, canne à sucre, carotte, céleri, céréales, cerisier, chanvre, chénopode, chou, concombre, coton, crucifère, épinard, fraise, haricot, houblon, laitue, luzerne, maïs, mâche, oignon, pastèque, pavot, poirier, pois, poivron, pomme de terre, pommier, rhubarbe, rosier, soja, sorgho, Tabac, tournesol, trèfle. Chacune des plantes a son parasite personnel !
  2. Dans notre livre, nous avons donné les noms des plantes à utiliser et surtout le type de solutions et les pourcentages de dilutions.
  3. Nous parlerons en son temps des autres maladies.
  4. Nous avons trouvé cette information sur ce site Internet qui concerne l’humain.
  5. Très prochainement nous présenterons toutes les propositions de solutions avec le résultat de nos expérimentations.

NB : Nous avons déjà écrit un texte sur les tomates de Belgique dans ce blog.

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