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Renaturer, pour contrer les inondations ?

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Nous étions prévenus à l’avance par l’Institut royal de météorologie qu’aux alentours du 14 juillet, la Belgique allait subir un véritable déluge. Les 150 à 200 mm de pluie tombée en quelques heures ont eu des conséquences dramatiques que l’on connaît. Les cours d’eau ont débordé largement inondant des kilomètres carrés de villes, de villages et de campagne. Ce qui a marqué les esprits, outre les nombreux morts, ce sont les inondations assortis de torrents de boue, qui, parfois ont submergé et emporté les voitures, les camions pour se fracasser contre des façades de bâtiment, fragilisant ces derniers.

L’agroforesterie, un impact avéré

Plantation de haies et d’arbres tous les 30 m pour laisser passer les bras de pulvérisation du tracteur.
Champ en conversion bio dans le Brabant Wallon.

Un agriculteur de la Hesbaye limbourgeoise donnait son opinion, dans La Libre, sur les résultats de son expérience durant les pluies diluviennes qu’il a connues sur son exploitation. Il a planté à lui seul 10 km de haies arborées et semé 10 hectares de bandes enherbées le long de celles-ci. Sa propriété se répartit, de part et d’autre, d’un ruisseau de 2 à 3 m de large, sur deux kilomètres. Cette petite rivière a été réaménagée avec des méandres sur toute sa longueur. Lors des inondations, la rivière a débordé lentement sans entraîner de dégâts ni des torrents de boue sur les routes.

Replacer la rivière dans son ancien lit en lui donnant la possibilité de s’écouler dans les zones inondables fait partie d’un plan assez vaste qui a déjà donné de très bons résultats aux Pays-Bas. La création de zones d’immersion temporaire, comme l’a réalisé l’agriculteur, permet à la rivière de sortir de son lit, en amont des zones urbanisées. Les inondations sont envoyées aux oubliettes.

Ce sont les rangées d’arbres et les haies qui permettent de retenir les terres. Les fossés curés le long des routes et les avaloirs ne sont plus bouchés par la boue. Ces derniers assurent leur fonction d’absorption de canalisation de l’eau même en cas de déluge. L’agroforesterie permet donc de limiter les dégâts causés par les inondations.

Végétalisation des toits

Il reste à faire de gros efforts de végétalisation des toits plats ou légèrement pentus. Ayant observé depuis trois ans le comportement de notre toit végétalisé, nous avons à chaque fois constaté la lenteur avec laquelle l’eau s’écoule dans la gouttière. Chez nous, le toit végétalisé de la bergerie, copieusement arrosé par les pluies intenses que nous connaissons actuellement, met plus de 12 heures pour s’assécher. L’eau tombée sur le toit met donc beaucoup plus de temps pour descendre dans l’égout que s’il ne l’était pas ! Cela ne fait pas l’ombre d’un doute que l’ensemble des toits plats d’une ville devrait être végétalisé. La descente de l’eau est ralentie devrait être stockée dans des citernes d’eau de pluie, avant d’être envoyée dans les systèmes d’égouttage.

Le toit végétalisé aura ainsi au moins quatre fonctions :

  • Freiner la descente de l’eau vers les égouts.
  • Servir d’espace nourricier pour les habitants de l’immeuble ou du quartier.
  • Collecter l’eau pour l’arrosage des surfaces cultivées.
  • Isoler les bâtiments contre la chaleur ou le froid.

La végétalisation des toits et donc l’augmentation des surfaces cultivées permettront dans l’avenir d’apporter des éléments positifs à la ville, pas uniquement pour contrer les inondations. La capitale du Grand-Duché de Luxembourg a calculé que les toits utilisables dans la ville couvrent une surface de 450 ha. Or c’est la surface dont a besoin le ville pour nourrir ses habitants. Comme nous pouvons le voir, la végétalisation des toits n’a que des avantages.

La déminéralisation des villes

Potager collectif pour les employés de l’entreprise TransformaBxl à Evère (Bruxelles)

Un autre chantier est urgent : déminéraliser les villes ! La ville bétonnée est un leurre que certains urbanistes ont développé dès les années 80. Ce fut une grossière erreur. En effet, les bassins d’orages construits sous des quartiers entiers n’empêchent pas les inondations. En effet, dès qu’un bassin d’orage a atteint sa capacité maximale, l’eau sera rejetée massivement dans les égouts déjà surchargés. Ces derniers se jettent immédiatement dans les rivières qui finissent par déborder en aval.

En fait, il est temps de déminéraliser les villes. Il est temps donc de retirer toutes les places en béton pour laisser assez d’espaces au sol pour respirer. Les sols ont été imperméabilisés petit à petit. L’eau n’arrive même plus jusqu’aux nappes aquifères puisqu’elle est canalisée directement vers les fleuves. Or l’on sait que pour remplir, à nouveau, une nappe phréatique, il faut entre 50 et 100 ans selon la porosité du sol. Les arbres des villes ont de plus en plus de mal à trouver de l’eau souterraine pour les faire vivre. Or les arbres ont un effet positif quant au refroidissement de la température durant les moments de canicule. Il est donc urgent de créer à nouveau des espaces où la terre est à nu pour lui permettre d’ingurgiter cette eau. Cette dernière sera celle qui étanchera la soif des futures générations citadines.

Les dernières inondations sonnent l’hallali de l’intervention humaine dans les villes. Il est temps que les politiques gèrent la ville autrement.

Végétalisation des bassins versants

Prenons l’exemple de Bruxelles qui est la ville la plus proche de notre potager de Hoeilaart. Les cyclistes connaissent bien les faux-plats de Bruxelles. Ainsi Bruxelles s’est construite autour d’un fleuve la Senne. Tous les affluents du bassin de la Senne sont des petites vallées dans lesquelles coulent encore de nos jours des ruisseaux voûtés et bétonnés, souvent transformés en collecteurs d’eaux usées. Triste fin pour ces bassins versants qui de temps en temps débordent dans les caves des riverains.

« Ces territoires étaient appelés bassins versants et avaient donc comme caractéristique principale que toutes les eaux de pluie qui leur tombaient dessus arrivaient à un endroit déterminé, en l’occurrence un cours d’eau ». (1) La limite entre deux vallées est la ligne de crête. L’eau a ainsi façonné le paysage de Bruxelles. S’il fallait retirer le bitume et le béton de ces bassins versants, il n’y a aucun doute que nous trouverions une terre riche de tous les sédiments déposés durant des milliers d’années par ces cours d’eau. Il serait alors possible de replanter des arbres et des plantes à foison pour nourrir la population bruxelloise. Voici les versants de la Région Bruxelloise :

Description ci-dessous.
  • Les 5 bassins versant de Uccle (1) : Les bassins versants du Geleytsbeek, Ukkelbeek et le versant en rive droite du Linkebeek couvrent une grande partie du territoire communal d’Uccle. Les pentes sont très marquées avec des lignes de crête à plus de 100 mètres d’altitude.
  • Le versant droit de la Senne (2a et 2b) est marqué par une forte déclivité partant de la crête jusqu’au fleuve. De nombreux ruisseaux existaient à travers les communes actuelles : Forest, Saint-Gilles, Bruxelles-Ville, Saint-Josse, Ixelles et Schaerbeek. Au Nord du confluent avec le Maelbeek, correspondant plus ou moins à la hauteur d’Evere et Haren, la zone possède une pente douce vers la Senne et sa confluence avec la Woluwe juste au Nord de la limite avec la Flandre.
  • Le versant gauche de la Senne (3a. et 3b.) est composé de Neder-Over-Heembeek et Laeken. Cette zone a de nouveau des pentes plus marquées, similaires à celle de la zone 2a avec aussi de petits ruisseaux perpendiculaires à la vallée de la Senne. Avec Jette et Forest, Neder-Over-Heembeek présente le dénivelé le plus important en région bruxelloise. Cette partie de versant présente de nombreux affluents de la Senne (Maelbeek, Broekbeek, Neerpedebeek, Vogelzangbeek…) relativement rectilignes, globalement vers le Sud. Les sources de ces derniers cours d’eau se trouvent en Flandre. Les collines culminent à une altitude de plus en plus faible et présentent des pentes de plus en plus douces.
  • Le bassin versant du Molenbeek (4.) : Si la confluence (historique) avec la Senne et la majeure partie de l’aire du bassin versant se trouvent en Région bruxelloise, ce cours d’eau (en restauration) et le collecteur qui lui est associé sont aujourd’hui principalement alimentés par des sources et des sous-affluents en Flandre (Elegembeek, Maelbeek…).
  • Le bassin versant du Maelbeek (5.) : Le Maelbeek est aujourd’hui une rivière disparue, transformée en collecteur. De nombreux autres petits affluents, aujourd’hui aussi disparus, récoltaient de l’eau 100% bruxelloise. C’est sans doute l’affluent de la Senne le plus bruxellois de par sa position centrale dans la région et le rôle majeur qu’il a joué dans le développement de Bruxelles.
  • Le bassin versant de la Woluwe (6.) : Rejoignant la Senne en dehors de la région bruxelloise, la Woluwe pourrait être perçue comme une seconde rivière à Bruxelles, indépendante de la Senne et parallèle à cette dernière. Elle recoupe aussi des communes déconnectées des autres bassins versants. Les habitants des communes de Woluwe-Saint-Lambert, Woluwe-Saint-Pierre, Auderghem et Watermael-Boisfort se localisent presque tous dans le seul bassin versant de la Woluwe. Ils partagent des liens hydrologiques plus directs avec la Flandre, aval de la zone, qu’avec les Bruxellois des autres bassins versants.

Comme on le voit dans la carte ci-dessous, les zones d’inondation de Bruxelles sont celles qui comportent les ruisseaux existants et les collecteurs.

Les zones colonisables de Bruxelles

La surface de la Région de Bruxelles-capitale est de 161,38 Km2. Elle possède 255 ha de surface de terre nue ou arborée. Il y aurait moyen de déminéraliser en partie les différents bassins pour y laisser des espaces verts en vue de laisser respirer le sol. Les zones colonisables par la végétation sont plus grandes qu’on ne le croit. Bien sûr, les parcs sont déjà présents ce qui donne à Bruxelles la réputation d’être une des villes les plus vertes d’Europe. Mais cela est loin d’être suffisant.

Nous avons parlé des toits végétalisés comme solution. Il y a d’autres surfaces au sol qui sont laissées soit en friche soit sont plantées d’essences non rentables, par les entreprises qui utilisent un terrain. Il n’est pas rare de voir des sièges prestigieux d’entreprise, construits dans de magnifique parc qui pourrait être reconverti en espace nourricier pour la population. Nous pensons au parc de l’ancien bâtiment de la Royale Belge, boulevard du Souverain à Bruxelles. Il en va de même dans beaucoup de lieux, certes plus petits, mais qui auraient le mérite d’être entretenus collectivement par les habitants des quartiers.

En conclusion, il est temps de renaturer. La définition de se verbe est « Remettre dans l’état initial, faire revenir à l’état naturel » ou encore une autre définition pour compléter la première : « Reconquérir des espaces délaissés après avoir été utilisés, modifiés, dégradés par une activité humaine, afin de les mettre à disposition de la faune et de la flore sauvages » (2). Il s’agit bien de cela ! Il est urgent de redonner la place à la nature… naturelle. Il est temps de végétaliser entièrement les villes. Et il y a un enjeu de taille avec une grande question à la clé : comment faire vivre la population humaine toujours croissante (3) avec une nature qui elle aussi doit être en croissance !

Nous pensons que tous les outils abordés assez brièvement ci-dessus, sont à utiliser tous conjointement, sans parler d’autres sujets comme la mobilité douce, le zéro déchets, la production de nouvelles énergies… L’important est d’aborder ces changements en même temps pour une transformation radicale de l’urbain et du péri-urbain.

Géry de Broqueville

(1) Kevin De Bondt (Earth System Science VUB), “Un avenir durable pour nos enfants les Bruxellois” in Bruxelles en Mouvements, “Voix d’eau”, périodique édité par IEB, n°247-248, avril-mai 2011, numéro spécial, pp 28-30.

(2) Espaces Naturels, revue des professionnels de la nature

(3) Les prévisions seraient qu’il y aura 9,5 milliard d’habitants sur la planète en 2050 dont 85 % vivront dans les villes.

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