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Quelques Chénopodes

massif de chénopode blanc
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Temps de lecture : 5 minutes

La majorité des Chénopodiacées est peu considérée à leurs justes valeurs. Cette plante est, à la fois, détestée et adulée. Le Chénopode blanc est vu comme une « mauvaise herbe » alors que le multicolore est semé dans le potager. Le Bon-Henri est l’épinard du pauvre qui sauva le bon peuple de France, de la famine. Nous allons voir que ce n’est pas aussi simple que cela de dépatouiller les Chénopodes, entre-eux.

Les botanistes, depuis Charles Linné (1707-1778), ont classé les chénopodes dans la famille des Amaranthaceae du genre Chenopodium. Le mot latin provient de la forme de ses feuilles qui figurent la patte d’oie. Chena (χήνα) pour oie et podi (πόδι) pour le pied. Les chénopodes comptent environ 250 espèces de par le monde. Nous allons aborder les plus courants pour essayer de les réhabiliter.

La fleur de ce Chenopodium giganteum ressemble beaucoup à celle de l’Amarante.

Chenopodium album

Les feuilles du dessus sont vert clair. Les feuilles du dessous sont blanchâtres. Le Chenopodium album ou Anserine blanche est une plante annuelle, pionnière avec des racines profondes d’au moins 1 m et d’un hauteur de 1,5 m. Originaire d’Asie de l’Ouest, il s’est répendu sur tous les continents. Là où il s’implante, le chénopode est considérée comme une mauvaise herbe envahissante qu’il faut supprimer alors qu’il possède de très belles propriétés pour l’être humain.

Dès juin, le chénopode blanc s’épanouit en petits pompons verdâtres, légèrement poudreux, et formant des grappes. Les graines sont des petits akènes sombres. Le chénopode blanc provoque le rhume des foins. Ses graines innombrables sont aussi réputées pour vivre longtemps en terre. La plante entre en compétition avec les racines des autres plantations dont il confisque les nutriments et l’eau. Dans les champs cultivés, une invasion de chénopode blanc altère considérablement les rendements ; il en est de même au potager. Pour trouver un équilibre entre ce chénopode et vos autres légumes, retirer-les, la plante se retire facilement, et donner la tige complète aux poules. Elles les adorent.

Faites attention tout de même et surveillez les chénopodes de votre jardin. ils attirent les pucerons verts du pécher (Myzus persicae) qui transmettent le virus BYV provoquant la Jaunisse de la betterave.

Biotopes et caractères indicateurs

Le biotope primaire consiste en bras mort des rivières, ripisylves (1) et ourlets forestiers des grandes vallées alluviales, ourlets forestiers nitrophiles, reposoirs à animaux sauvages. Son biotope secondaire est représenté par des cultures amendées et fumées. Il est présent dans les vignes et les vergers, le maraîchage, les jardins et potagers, les terrains vagues, les bords de chemins et de routes, les tas de fumier et de compost.

Ses caractères indicateurs montrent un excès d’épandage de matières organiques (MO) animales non compostées ou mal compostées. La plante indique aussi un travail du sol par temps trop sec ainsi qu’un contraste hydrique sévère sur sol nitratés. Le chénopode est une plante nitrophile caractéristique des libération brutale d’azote. (2) Elle indique donc des sols trop riches en azote.

Ses principes actifs

La plante est riche en éléments minéraux comme les cuivre, phosphore, potassium, fer, zinc. Elle est composée de vitamines A, B1, B2, B3 et C et oligo-éléments. Le chenopode blanc contient 18 fois plus de vitamine C et 7 fois plus de fer que la laitue. Les graines sont riches en de nombreux oligo-éléments et en vitamine B3. Elle renferme des protéines, des saponines, Campestérol, phénylalanine, stigmasterol, acide oléanolique, de l’acide oxalique, sitostérol, tryptophane, tyrosine, et xanthotoxine.

Propriétés médicinales

Le chénopode blanc n’est pas considéré comme plante médicinale. On ne lui connaît pas de propriétés importantes. Elle est légèrement laxative et anti-inflammatoire si l’on boit ses feuilles séchées en infusion à hauteur de 2 cm3 par tasse après infusion de 10 minutes. Cette infusion pourrait aussi permettre de soulager après une piqûre d’insecte, un coup de soleil, l’arthrite, les pieds enflés et l’eczéma. Il est possible de mâcher ses graines pour soulager les troubles de la vessie. La saponine peut agir sur les affections des voies respiratoires. Comme elle est très riche en acide oxalique, les personnes sensibles à cet acide doivent faire attention à sa consommation. Au vu de ses richesses enfpuies dans les feuilles, les fleurs et les graines, cette plante permet de maintenir, globalement, la bonne santé. (3)

En cuisine

Il est un des meilleurs chénopodes qui nous donnent ses jeunes feuilles ou jeunes pousses, en salades ou cuit comme des épinards d’avril à juillet. Tant que la tige est souple, la plante peut être consommée en avril-mai, avant floraison. La consommation des feuilles et pointes en août donneront une salade ferme et juteuse avec un goût de noisettes.

De juillet à octobre, les boutons et les fleurs se croquent comme des petites noisettes. Elles sont excellentes dans les salades et sur le fromage frais. A partir de septembre les graines donnent une source appréciable de vitamines pour se préparer à l’hiver. Les graines séchées et moulues peuvent être incorporées dans la farine du pain. Ces mêmes graines peuvent être ajoutées aux plat mijotés. (4)

Il est fou de se dire que cette plante est tellement intéressante en termes culinaire alors qu’elle est considérée comme une mauvaise herbe qu’il faut absolument arracher de tous les terrains. Voilà donc une plante sauvage extrêmement nourricière. Ses apports en termes de santé sont les vitamines A, C et K et des minéraux tels que le fer, le calcium et le magnésium.

Blitum (Chenopodium) bonus-henricus

Récemment, le Chenopodium bonus-henricus est devenu le Blitum bonus-henricus. Le genre Blitum est composé de 12 espèces dont le chénopode bon-Henri très proche de la famille des Spinaca (Epinard). (5) L’habitude est tenace et l’on continue à dire que c’est un chénopode, d’autant plus que les Blitum font partie de la sous-famille des Chénopodiacées, famille des Amarantacées.

Le Bon-Herni est une plante vivace de 40 à 80 cm de haut, à tiges striées, rameuses, robustes et dressées. Vert foncé, son feuillage est en forme d’as de pique. Appelé Bon-Henri, il fait référence à la demande du Roi Henri IV (1553-1610) de créer une plante capable de nourrir le bon peuple de France durant une petite période de glaciation où le soleil se faisait rare.

Biotopes et caractères indicateurs

Le biotope primaire de la plante sont les forêts alluviales et ripisylves et les reposoirs des animaux sauvages. Le biotope secondaire sont les bords de chemins et des routes, parc à animaux, prairies agricoles, proximité des habitations, des villages, des bergeries, des bâtiments d’élevage.

Ses caractères indicateurs montrent un engorgement en MO animale des sols riches en bases. Elle indique aussi un surpâturage et donc une hydromorphies induites et de l’anaérobie du sol. (6)

Ses principes actifs

Saponine, acide oxalique, teneur élevée en minéraux dont, majoritairement du fer ainsi que des vitamines dont la C. la prise de 50 g journalier couvre les besoins quotidiens.

Propriétés médicinales

Seule la plante fraîche est utilisable. Le jus peut aussi être extrait et donnera les mêmes effets. Ceux-ci sont identiques au Chenopodium album.

En cuisine

D’avril à juin, les jeunes pousses, les feuilles et les tiges encore souples se mangent crues en salade ou bouillie en soupe ou cuite à la vapeur. Les jeunes boutons floraux cuits à la vapeur et trempés dans une sauce sont un régal. Plus croquant et plus âpre, le goût du Bon-Henri est proche de l’épinard cultivé. Les graines, en septembre-octobre, sont bouillies sous forme de semoule. Il est possible de transformer les graines sèchées en graines germées et de les incorporer dans les salades. (7)

Chenopodium giganteum

Cette variété du Chenopodium album est appelée aussi Chenopodium amaranticolor (Chénopode couleur d’amarante). Elle est originaire de l’Inde, du Népal et de la province du centre-ouest du Sichuan (Chine). La ressemblance est telle que j’ai cru un instant que ce chénopode était une variante créée par l’homme. La seule différence est qu’à la base des feuilles, la couleur amarante donne un bel effet décoratif. Cette couleur disparaît en été. Pour le reste, elle est en tout point identique que sa consœur Album, bien qu’elle peut atteindre une taille de 2 m.

En conclusion

Alors que l’ensemble des Chénopodiacées apportent beaucoup d’éléments intéressants pour l’homme, ces légumes qui sont en fait des épinards ont de moins en moins la côte dans les magasins. L’épinard cultivé (Spinacia oleracea) Les épinards sauvages sont exclus des magasins. D’autres membres de la famille des amaranthacées comme l’Arroche (Atriplex patula), l’épinard-fraise (Blitum capitum).

Avec le Rumex, nous quittons la sphère des Amaranthacées. Le Rumex patientia qui est l’Oseille, le Rumex obtifolius qui rend les agriculteurs nerveux, nous sommes dans la famille des polygonacées que l’on considère à tort comme des épinards. Nous reparlerons plus tard de toutes ces plantes que l’on considère comme des épinards.

Outre cela, il est temps d’ouvrir les yeux sur l’état de nos sols si cette plante l’envahit. Elle est une bio-indicatrice intéressante par rapport aux quantités de fumier d’origine animale que nous pouvons mettre dans notre sol. Elle indique ainsi les déséquilibres causés par l’homme. Il existe bien d’autres Chénopodes mais nous ne les connaissons pas dans nos potagers septentrionaux.

Géry de Broqueville


  1. Le terme ripisylve désigne les arbres des bords de cours d’eau. Étroite bande boisée ou vaste étendue ceinturant les fleuves, les ripisylves sont des milieux qui évoluent au cours du temps suivant l’eau des crues et de la nappe souterraine.
  2. Gérard Ducerf, L’encyclopédie des plantes bio-indicatrices alimentaires et médicinales, Guide de diagnostic des sols, Ed. Promonature, 2017, p.130.
  3. S.G. Fleishhauer, Plantes sauvages comestibles, les 200 plantes essentielles et leurs usages, ed. Ulmer, 2018, p.127.
  4. S.G. Fleishhauer, Plantes sauvages comestibles, les 50 plantes essentielles et leurs usages, ed. Ulmer, 2018, p.145.
  5. Gérard Ducerf, p.125.
  6. Le genre Blitum est traduisible en Blette. Et qui dit Blette pense bette. Cela veut dire que l’on a classé le chénopode bon-henri parmi les bettes dont le nom latin est Beta vulgaris. Beta est un genre différent du Blitum. Il y a de quoi s’arracher les cheveux et en tout cas de demander aux Français d’arrêter de donner le nom de Blette aux Bettes. Et là ce n’est pas gagné ! Restons zen…
  7. S.G. Fleishhauer, Plantes sauvages comestibles, les 200 plantes essentielles et leurs usages, Ulmer, 2018, p. 126.
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