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Concombres et cornichons

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Il y a quelques temps, nous avons abordé la description du potiron « Atlantic giant » dans le blog. L’expérience de l’année dernière n’a pas été renouvelée en 2020, par manque de temps. Nous essayerons dans les années futures de faire pousser à nouveau, ce monstre. Tout le monde connaît courge et courgette mais savons-nous que les cousins et cousines de ces balles bestioles sont les concombres, les cornichons, les melons, les pastèques, les coloquintes… et j’en passe. Nous allons découvrir cela petit à petit.

La famille des Cucurbitacées fait partie de la famille des Dicotylédones. Cette famille englobe le plus grand nombre de plantes. Elles sont issues de graines, c’est-à-dire d’une plante à fleurs (Angiosperme). Au moment de la germination, ce seront deux feuilles semblables qui sortiront de la graine. Cette famille fait partie de l’ordre des Cucurbitales réparties en 800 espèces dont découlent 130 genres. Nous prendrons les genres que vous pouvez découvrir au potager. Pour mieux déterminer les genres, la botanique a aussi inventé les tribus. Ainsi, il est plus facile de s’y retrouver parmi les très nombreuses variétés de Cucurbitacées.

La plupart des cucurbitacées sont rampants ou grimpants. Certains semenciers utilisent le terme de variétés coureuses. D’autres, plus rares, ont un port buissonnant. De nombreuses espèces sont comestibles comme les concombres, cornichons, courges, courgettes, melons, pastèques. Les graines sont aussi utilisées pour en faire de l’huile comme la pistache africaine. Alors qu’ils étaient originaires des pays tropicaux, les Cucurbitacées sont cultivés aussi dans les pays tempérés voire nordiques, dans des serres, cette-fois.

La domestication de ces espèces remonte à des millénaires sur toute la surface de la terre. Le nom des variétés montrent souvent bien l’origine de la variété comme le potiron bleu de Hongrie ou la courgette ronde de Nice.

Parlons tribu !

Il y a donc 130 genres. Dans notre assiette nous n’en retrouvons que quelques-uns. Nous connaissons le genre Citrullus qui regroupe les tribus des pastèques, les Cucumis où nous trouvons les cornichons, les concombres et… les melons. Bien sûr, nous avons aussi les Cucurbita qui sont les courges et les courgettes. Les genres Benincasa, cyclanthera, Melothria, Momordica, Sechium n’ont qu’une ou deux tribus. Pour la petite histoire, le mot latin « Cucurbita » se traduit en français par le mot « gourde ». La classification n’est donc pas exacte, le genre Cucurbita devrait englober les gourdes, les amphores et certaines coloquintes, uniquement et non pas les courges et courgettes. Au Moyen-Age, il n’y avait que les gourdes qui étaient cultivées. La courge nourricière est apparue au XVIIIe siècle en Europe.

Nous allons, à titre d’exemple, aborder le genre des Cucumis que nous avons déjà semé dans la potager « Pas à Pas vers une terre vivante« . Nous aborderons dans l’article suivant le gros chapitre du genre Cucurbita.

Les concombres

Dans le genre Cucumis nous avons la tribu des Melothrieae, nous semons des Cucumis sativus et des Cucumis melo. Les Cucumis sativus ne sont pas autre chose que les concombres et cornichons. Ces deux plantes, originaires de l’Inde, sont botaniquement les mêmes, bien que l’on compte 38 espèces de concombre pour 30 espèces de cornichon. Les concombres se distinguent selon leurs aspects visuels. L’origine de ces deux tribus est une plante sauvage que l’on peut trouver parfois dans les vallées subtropicales de l’Himalaya portant le nom de Cucumis hardwickii royale. Ce fruit est amère. Il est possible de retrouver cette amertume dans les Cumumis long, juste à côté du pédoncule. Il a commencé à être cultivé il y a 3000 ans en Inde. Dans les vieux textes en sanskrit, il est appelé « Soukasa« .

Le concombre s’est répandu dans l’antiquité en Chine puis dans la bassin méditerranéen et même plus au nord. Pline rapporte que l’empereur Tibère en mangeait quotidiennement, et que les jardiniers le faisaient pousser sous cloche pour accélérer sa croissance. Plus récemment, La Quintine, jardinier royal, cultivait les concombres dans les serres de Versailles pour que le Roi Louis XV puisse en manger très souvent. Les variétés à long fruit ont été développées par les Chinois et les Japonais. C’est à partir de ces fruits longs que les concombres modernes sont nés.

La culture du concombre n’est pas évidente. Pour le débutant, il est peut-être intéressant de cultiver des variétés russes ou le concombre citron qui sont peu exigeants. Le fruit a besoin d’un minimum de 16°C et doit être semé en tout cas à 20°C pour avoir une croissance normale. Nous conseillons une belle place dans la serre. Avec le réchauffement climatique, il serait intéressant de tester les concombres à l’extérieur comme nous le faisons depuis le début de notre potager. Les récoltes sont moins importantes que dans la serre, certes, mais il est possible de les repiquer à l’extérieur après le 15 mai.

Les plantes compagnes du concombre

Selon Kokopelli, il est intéressant de les associer avec les melons et les pastèques, contrairement à ce que prétend la rumeur. Les plantes suivantes sont des compagnes idéales du concombre : haricot, laitue, maïs (protection mutuelle), marjolaine (éloigne les insectes), melon (développement harmonieux), oignon (stimulateur de croissance), pastèque (développement harmonieux), pois, radis (éloignement de certains insectes), chou, chou-rave, tournesol.

Kokopelli signale que des études scientifiques ont été réalisées dans deux universités américaines (Cornell et Michigan). Leurs concussions est que certaines variétés de concombres avaient un capacité d’éloigner des herbes indésirables et des nématodes en secrétant certaines substances toxiques. Un autre chercheur américain pense que les concombre sont capable de synthétiser la cucurbitacine (un triterpène répulsif) qui agirait sur les larves de certains nématodes (Meloidogyne – famille des Heteroderidaeque) l’on trouve dans les pays tropicaux. Pour nos amis de Ndoumboudj, il pourrait être intéressant de répartir quelques plants de concombre parmi d’autres plantes attaquées par ces nématodes, dans un esprit permacole. (1)

Les principaux ravageurs sont les Thrips qui engendrent une dégénérescence blanchâtre des feuilles, la mouche des semis (elle mine les jeunes plants et coupe les bourgeons), les escargots, limaces et pucerons. Pour ce qui est des maladies, le concombre souffre du botrytis, de la Cladosporiose, du mildiou, de l’oïdium. Des plants de bourrache en fin de vie éloignent les gastéropodes. La meilleure façon de réguler ces petites bêtes gluantes, c’ets de favoriser la biodiversité en accueillant des animaux : carabe, étourneaux, grenouilles, hérissons, orvet, poule, rouge-gorge, salamandre, taupes. Nous n’insistons jamais assez sur l’importance capitale de la création de la plus grande biodiversité dans le potager pour réguler les ravageurs et maladies.

Quelques concombres expérimentés chez nous

Dans le potager, nous avons déjà essayé quelques concombres que nous aimons bien. Chaque année, nous faisons des tests avec des variétés très différentes les unes des autres. Par exemple, nous avons repiqué quelques Cyclanthères. Bien mal nous a pris. C’était effrayant. La densité des feuilles et des tiges étaient telles que nous avons abandonné très rapidement cette plante. Le soleil n’arrivait même plus à traverser le feuillage au point où les tomates et les aubergines n’en avaient plus assez pour mûrir. En plus, la production de mini-concombres était très réduite. Il est possible de les cultiver sur des espaces beaucoup plus grands, ce qui n’est pas notre cas.

Le concombre « Hmong red« , originaire du Vietnam, qui nous donne la palette de couleur vert-blanc en étant jeune et atteignant un très beau jaune-or à maturité. Le goût est doux et même gros, ils restent consommables avec une longue capacité de conservation.

Le Kenya (Cucumis metuliferus) porte plusieurs noms comme le melon à corne, métulon, Kiwano, concombre cornu. Contrairement à son nom, il est originaire du Yémen. Il existe à l’état naturel. Dans ce cas, le fruit peut provoquer des troubles digestifs vu sa toxicité. Par contre, ceux que l’on trouve dans le commerce sous forme de semences ou de plants dans les commerces sont dépourvus de substances toxiques et peuvent être consommés sans aucun problème. Ses « épines cornues » sur sa peau ne sont pas engageantes. Le Kiwano possède un goût entre banane, kiwi et melon. Bien que rampant, le kiwano peut être conduit en grimpant au soleil dans un pot sur un balcon par exemple. Le fruit est spectaculaire et étonnant en bouche. Nous ne l’avons semé qu’une année dans la serre du potager.

Le « Lemon » est un concombre étonnant, juteux à chair blanche, en forme de gros citron bien jaune, à maturité. Si l’on veut déguster sa peau en apéro, il vaut mieux le cueillir quand la couleur devient jaune-vert. Ce concombre, originaire d’Australie, est apparu en 1894 en Pennsylvanie. Il est ensuite arrivé en Europe. C’est actuellement la variété la plus ancienne encore répertoriée. Sa culture est facile. La plante résiste bien à la rouille et se contente de peu d’eau. Si la terre est bien riche, le mildiou ne l’attaque pas. En pleine terre, il est intéressant de palisser le plant pour bien aérer les feuilles. Attention, les rats et les mulots ayant bon goût, ils risquent de devenir vos concurrents. Ce petit concombre est un régal en apéro. (C’est du vécu !)

Le concombre Sweet Marketmore 97 est très robuste résistant contre les maladies. Son fruit vert foncé et lisse faisant 20 cm environ, n’est pas amer. Ce concombre se trouve sur tous les étals de marché tant elle est populaire. Elle peut être cultivée, sans problème, en plein champ. Elle a une bonne résistance et est très productive. La numérotation qui suit le nom indique que cette variété a déjà été croisée 97 fois. Nous avons retrouvé des descriptions pour la 70, 76 et 97. C’est une variété très ancienne originaire d’Amérique. Elle a été développée par Henri Munger à la Cornell University. Dans sa carrière, ce dernier a créé une cinquantaine de nouvelles variétés de plusieurs espèces de plantes.

Le Persika est une variété très productive tant en pleine terre que dans la serre. Ses fruits font une vingtaine de centimètres, sont lisses d’un vert moyen à chair blanche sans amertume. La plante est vigoureuse et robuste. Elle est aussi bonne grosse que petite.

La variété Soo Yoh Long originaire du nord de la Chine a une longueur d’une quarantaine de centimètres avec une peau très fine. Elle a très peu d’amertume tout en ayant peu de graine. Il est intéressant de tuteurer la bête pour qu’elle produise plus de beaux fruits. Ce concombre s’adapte à des climats très différents mais s’épanouit pleinement en zone tropicale. Sa durée de croissance est d’environ 60 jours.

Les cornichons

Comme dit ci-dessus, le cornichon est aussi un Cucumis sativus. En fait le cornichon est un concombre récolté avant maturité. Le cornichon comme le concombre d’ailleurs est une plante monoïque. Cela veut dire qu’elle possède des fleurs mâles et femelles sur le même pied. Ce serait très simple si la fondation se faisait uniquement comme cela. Hélas, nous avons nos charmantes compagnes, les abeilles qui, en passant, d’une variété à l’autre pollinise gaiement, les Cucumis. Nous assistons donc à un merveilleux ballet qui ne fait pas notre affaire en termes de récolte de semences pour l’année suivante.

Si nous avions assez d’espace dans notre potager, nous n’aurions pas eu de difficultés à garantir la stabilité des variétés semées. En effet, il faut entre 400 m à 1 km entre deux variétés de concombre ou de cornichon pour éviter tout croisement intempestif ! Quand nous voulons récupérer les semences des Cucumis, nous sommes contraints, avec notre petit espace, de cultiver qu’une seule variété… Cela veut dire aussi que l’on ne sème pas de melon, non plus ! Place aux variétés de cornichon que nous avons déjà semé dans le potager.

Quelques concombres expérimentés chez nous

Le cornichon Amélioré de Bourbonne est très ressemblant au concombre. Le fruit est long et mince à chair ferme. Il faut les cueillir très rapidement après la formation du fruit. Cela favorise la production de nouveaux cornichons. La plante est très généreuse et peut en donner de grandes quantités. C’est une variété très ancienne.

Le Fin de Meaux est long et cylindrique d’un beau vert. Il est décrit dans « les plantes potagères » en 1883. Il est robuste, productif et rustique. La chair est épaisse, ferme et croquante, très savoureuse dépourvue d’épines. Il vaut mieux le cueillir quand il est jaune pour le confire avec le vinaigre.

Le Vert petit de Paris a été créé par « Les maraîchers de Paris » dont nous parlerons plus en profondeur sur ce blog bientôt. Il est décrit comme une variété ancienne dans « Les plantes potagères », premier catalogue établi par Vilmorin en 1883. Ce cornichon est petit et renflé de couleur verte. Les fruits sont meilleurs quand ils ont 5 cm. La croissance de la plante se réalise en 60 jours environ. Le résultat est très productif.

Géry de Broqueville

(1) Dominique Guillet, Semences de Kokopelli, 2019, page 279.

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