Trois types de limaces de nos potagers

La limace, une alliée ravageuse (I)

Avant de s’attaquer à la limace ravageuse de nos potagers, il faut bien la connaître. Ce mollusque est omniprésent dans nos jardins surtout par temps humide. On distingue trois espèces principales : La grosse limace rouge, la limace horticole et la limace grise.

La grosse limace rouge (Arion rufus) le plus souvent de couleur rouille et parfois longue de plus de 10 cm. En dépit de sa taille impressionnante, c’est la moins nuisible aux cultures.

La limace horticole (Arion hortensis) beaucoup plus petite (3-4 cm) et de couleur noire.

La limace grise (Deroceras reticulatum) mesurant de 3 à 5 cm. Toutes consomment principalement les feuilles mais elles attaquent aussi les fruits et autres parties aériennes tendres ou abimées. La limace horticole creuse aussi les racines et les tubercules.

La plupart des plantes herbacées peuvent être consommées par les limaces. Parmi les plus sensibles, on retrouve les salades, les choux, les épinards, les fruits des fraisiers, les melons, les navets, les pois et les radis.

Note : Les couleur indique en vert que la solution est bonne, en orange, il faut encore tester dans d’autres circonstances, en rouge, méthodes à oublier.

Mais à quoi servent donc les limaces, dans la nature ?

Il y a plus de 100.000 espèces de limaces différentes dans le monde, c’est dire l’importance de ce gastéropode pour le sol. Certaines peuvent vivre jusqu’à 12 mois et on sait que leur origine remonte à plus de 350 millions d’années. (1) La limace fait partie de la chaîne de décomposition des matières organiques en produisant de l’humus à travers la minéralisation des substances organiques. Elle est nécrophage.

Elles éliminent les plantes les plus malades. Dans la forêt, la limace ne s’attaque qu’aux plantes faibles, malades, en train de mourir ou encore stressée. Il en va de même dans les potagers. Malheureusement, en ce qui concerne la faiblesse des plantes, les gastéropodes ne font pas la différence entre la faiblesse d’un jeune plant qui vient de naître et tout juste sortie de terre et l’affaiblissement d’une plante robuste, atteinte d’une quelconque maladie !

De même, le repiquage est un des moments les plus stressants pour une plante Imaginez-vous dans un endroit bien protégé où votre nurse vous cajole, vous parle de votre avenir en vous demandant de donner de beaux fruits. Un jour la nurse décide de vous repiquer dans un environnement que vous ne connaissez pas, qui vous paraît hostile tant les autres plants qui sont à côté de vous sont plus grands, plus verts, plus fleuris…

Vous vous sentez abandonné par votre nurse qui ne vous prête pas plus d’attention qu’avec les autres plantes. De jeune plant, vous devenez adulte, d’un coup ! Ce moment est d’autant plus dur à passer que l’on vous retourne la tête en bas, que l’on vous secoue pour vous extirper de votre petit pot-berceau. La nurse se transforme en bourreau et vous abandonne à votre destin. Vos sentiments sont mélangés et l’on vous demande une fois de plus de produire de beaux fruits…

N’y-a-t’il pas matière à stresser, d’autant que d’étranges créatures lentes et visqueuses rôdent autour de vous, vous reniflent et commencent à entamer vos feuilles si tendre et fraîches, mais vous êtes sans défense, enracinés. Vous ne pouvez même pas émettre un produit répulsif qui éloignerait ces vilaines bêtes qui ne vous veulent que du mal.

Chaque fois que vous voyez une limace en surface, il faut bien se mettre dans la tête qu’il y en a quatre fois plus dans le sol. Et si nous nettoyons l’intégralité de la surface du sol, il en ressortira autant pour manger ce qui meure à la surface du sol en sachant que chaque limace pond environ 600 œufs par an.

Les œufs blancs ou translucides sont déposés dans la terre à l’automne et éclosent au printemps. C’est pour cela qu’empêcher les limaces de rentrer dans son potager peut paraître vain puisqu’elles sont déjà dans la place depuis plusieurs mois. L’activité des limaces est principalement nocturne.

Et si les limaces existaient uniquement pour permettre aux nombreux jardiniers en herbes de pouvoir parler de leurs trucs et ficelles pour lutter contre ces bestioles démoniaques ?

En 2017, nous avons testé pour vous

C’est fou ce que l’on trouve comme affirmations répétées inlassablement par les uns et les autres sans aucune vérification. Au lieu de répéter ce que l’on trouve dans les livres et sur la toile, nous avons appliqué les conseils dans notre propre potager.

• Le Fenouil : Ainsi il faut le planter sur les bords de son potager. Il paraît que l’odeur fait fuir les limaces. Il n’en est rien. Après essai, tous les pieds de fenouils ont été dévorés, ce qui n’a pas empêché nos chères amies de passer ensuite vers les salades.

• Le sable autour de chaque plante. Cela a marché pour l’une ou l’autre plantes mais pas pour toutes. L’excitation des papilles gustatives des limaces est plus forte que le côté très désagréable de reptation sur le sable. Je soupçonne une ou deux limaces de s’être sacrifiées pour former un chemin gluant et permettre ainsi aux autres de se régaler. Attention, Si nous devions à chaque fois mettre du sable autour de chaque plante, la nature de notre sol risque de se transformer par de l’ajout inconsidéré de sable.

• J’ai lu aussi sur un site Internet qu’il fallait mettre du sel autour des plantes. Les limaces finissent par fondre. C’est la pire des choses à faire car le sel va tuer la vitalité sans compter l’élimination physique des limaces. Il ne s’agit pas de les tuer mais bien de les éloigner.

• Bien sûr, il y a la bière. Il paraît que nos amies sont sensibles à la qualité de la bière. Si c’est une bière de moindre qualité, elles n’en raffolent pas. Mais que dire d’une bonne trappiste où elles s’y noient avec délectation ! Mais attention, un jour Gaïa s’attaquera à tous ces vilains jardiniers qui ne respectent pas le bien-être de la limace. une fois de plus on pourrait être accusé de génocide de limaces, ces amies qui sont quand même nos alliées au jardin !

• Les granulés de fer (ferramol) dit bio. Certes, ce système est peut-être bio mais génocidaire. Les limaces adorent ces granulés au point d’oublier de s’abreuver. Le fer les assèche et elles meurent. Attention les granulés à base de métaldéhyde, très efficace, ont été bannis en culture biologique en raison de leur toxicité potentielle pour les animaux à sang chaud.

Ce qui a fonctionné avec satisfaction

• En 2017, nous avons essayé le câble électrique pour prairie à chevaux, autour des bacs. Cela a bien fonctionné pour ce qui est des grosses limaces. Le câble est alimenté par une pile de 9 volts. Les bébés limaces se font avoir en passant leur fragile petit corps sur les deux câbles et meurent grillées. C’est un met de choix pour les oiseaux. Les limaces adultes sont électrocutées mais restent vivantes. Très rapidement elles comprennent que dès qu’elles passent le premier câble, la suite ne sera pas bonne. Elles n’insistent pas et vont voir ailleurs… Nous mettons donc trois bémols sur ce système :

– on utilise de l’électricité via des piles rechargeables.
– on utilise des piles non recyclables.
– on fait griller les bébés limaces.
Ce système n’évite pas les œufs de limaces se trouvant déjà dans la terre de chaque bac d’où la nécessité de protéger chaque plants ou endroit de semis par les bandes de cuivres.

• Les bandes de cuivre ont été achetées sur Internet sur un site de bricolage pour une somme Les bandes de cuivre autour des plantules dont les limaces et escargots sont friandsrelativement rondelette. Nous les avons découpées pour faire un cercle fermé en vue d’entourer la plante complètement. La hauteur de la bande est de 10 cm. Dès que les limaces entrent en contact avec le cuivre, une réaction toxique se déclenche entre le cuivre et la bave des limaces qui provoque une légère décharge électrique et repousse les limaces. L’avantage est que cette solution fonctionne aussi bien par temps humide que par temps sec. Comme il ne tue pas les limaces, les oiseaux peuvent continuer à en faire leur repas. Le cuivre peut perdre son effet une fois qu’il est oxydé. Par conséquent, frottez-le de temps en temps avec du papier émeri pour lui rendre sa brillance. Toutes les buttes ont été entourées de ces bandes, ce qui a déjà un peu éliminé le nombre d’intrus. Mais cela a un coût.

• Les pavés ou dalles. Nous avons placé trois dalles de 20 x 20 cm par bacs et par butte, avec une petite tranchée sous la dalle pour permettre aux limaces de s’y glisser. La moisson fut bonne pour être renvoyée plus loin en sachant que les limaces reviennent de toute façon.

• Les grenouilles rousses et crapauds communs. Avant de construire la mare dans le jardin, il y avait déjà des grenouilles. Depuis son existence, il y en a plus que jamais. Les grenouillent s’en donnent à cœur joie dans le jardin.

Là on ne va rien dire d’autant que l’on assiste à la sélection naturelle. Les grenouilles ont trouvé aussi un bel abri dans la spirale des aromates, adjacente à la mare.

• Entourer les plantules avec des fougères « Aigle » ou l’osmonde royale (Pteridium aquilum). Cela marche très bien, mais il faut en trouver ce qui n’est pas évident chez tout le monde. Généralement on peut les trouver dans les forêts claires, landes et prairies et sur terrain acide (siliceux) (2). L’odeur est un puissant répulsif pour les limaces. Je conseille de ne pas manipuler les fougères entre juillet et octobre, certaines spores sont cancérigènes.

Dans le même temps, il ne faut pas entourer les plantules avec du mulch pour garder la terre humide, en cas de sécheresse. Ce qui est bon pour le sol est encore meilleur pour les limaces. La paille est aussi un hôtel 5* pour les limaces. Ils faut donc faire très attention aux espèces attaquées. D’autres plantes sont répulsives comme la bourrache, l’absinthe, l’ail, l’armoise, le cerfeuil musqué, la rue officinale, la sauge ornementale, la tanaisie et le thym. La seule plante que je n’ai pas testée est la sauge ornementale. Le rayon d’action de l’effet répulsif n’est pas énorme donc on protège les plantes immédiates.

En 2018, nous avons commencé à tester le marc de café, les coquilles d’œuf, la cendre, la diatomée, les cendres de limaces. Nous aborderons encore d’autres techniques que nous réservons pour un prochain article. Nous avons encore beaucoup de test à réaliser notamment avec les nématodes, la sciure de bois, le chardon, le canard coureur indien, le sachet infusion de rooibos, les feuilles de Rue. Nous favoriserons les hérissons, les musaraignes, les carabes, les staphyliers et bien d’autres choses comme le travail de la terre et le dialogue avec les limaces. Voir notre article sur les limaces II.

Géry de Broqueville


(1) plus de détails sur les limaces : Le jardin de Noé et le blog Permaforêt.
(2) La Fougère a fait l’objet d’un article particulier vu ses nombreux atouts et peut se lire en cliquant ici.

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