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Limaces : que des leurres ? (V)

Les magnifiques escargots
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Temps de lecture : 7 minutes

La limace, ce charmant mollusque, avec son confrère l’escargot, fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps. Sur les réseaux sociaux, tout le monde y va de sa publication avec une question lancinante : quelle est la bonne méthode pour se débarrasser définitivement de ces sales bêtes, qui collent et suintent de bave, peu ragoutante.

C’est notre cinquième épisode consacré uniquement à la limace non pas pour participer aux concerts de lamentation mais pour essayer de comprendre ce qui nous arrive. Beaucoup de commentaires, sont parfois contradictoires, parfois désobligeants vis-à-vis de la personne qui a posé une question légitime. Ces commentaires n’apportent aucune solution durable.

Pas à Pas vers une terre vivante expérimente toutes les techniques proposées, les unes après les autres. Nous avons déjà donné des réponses dans les quatre articles précédents. 1

Nous aussi, nous voyons la pression monter dans nos planches de culture à Hoeilaart et à Éghezée. Mais quand nous donnons des formations, pas plus tard qu’hier par exemple, nous demandons aux participants d’évaluer la pression en question. Selon eux, y-a-t’il une présence énorme, moyenne ou faible de limaces chez nous. La réponse est généralement entre moyenne et faible, selon l’endroit où l’on se trouve sur le terrain ! Cela nous rassure, bien sûr. Cela veut dire que nous tenons le bon bout de la solution.

Un panel de solutions !

Parce que c’est de cela qu’il s’agit. Éradiquer la limaces n’est pas la solution. Diminuer son empreinte en la laissant en vie dans votre potager est la solution. Il faut donc utiliser de multiples astuces pour dissuader les limaces de nous rendre visite dans ces temps beaucoup trop pluvieux. Et puis n’oublions pas que la limace est un animal bio-indicateur du manque de biodiversité dans le potager. 2

Dans le chapitre IV, nous pensions que nous allions arrêter de parler de ces gentilles bestioles. Nous y avions fait un résumé des bonnes pratiques du potager. Nous allons en ajouter quelques-unes.

Confusions d’odeurs pour les limaces

La toute première est une expérience réalisée dans notre potager de Hoeilaart, dans le bac 1, en 2023. Nous avons laissé les adventices se développer intégralement dans cet endroit. Puis nous avons repiqué au milieu de cette nature sauvage des laitues, des haricots nains, des choux, etc. Pas une de ces plantules n’a été mangée par les gastéropodes voraces. Comme les limaces mangent ce qui est mort, malade, faible ou stressé, elles n’ont pas détecté dans le bac ces nouveaux venus. Il est possible que ce soit une question de confusion des odeurs, entre celles de la vie des adventices et celles de la faiblesse des plantes repiquées.

Le basalte paramagnétique ?

En 2024, nous avons décidé devant l’énorme pression des limaces 3, nous avons entouré comme d’habitude toutes les plantes avec les bandes de cuivre 4 que nous avons en quantité dans nos réserves. Nous avons ensuite déposé une couche de 3 mm de basalte paramagnétique 5 au pied de chacune des plantes sur environ 15 cm de rayon.

Nous avons constaté qu’aucune limace n’a osé passer sur cette bande grisâtre de basalte. Aucune des plantes n’a été ravagée par les limaces. Nous avons eu peur aussi qu’elle passe au-dessus à partir du moment où la pluie suivante allait liquéfier le basalte. Les plantules ne sont toujours pas attaquées par les ravageurs. Cela fait maintenant plus de 5 jours que le système fonctionne malgré les pluies journalières.

La silice, ennemi des gastéropodes ?

La composition du basalte apporte, peut-être,un élément de réponse qu’il faut prendre en ligne de compte. Ce basalte, roche volcanique, comprend 43% de silice. 6 Or la silice est formée de micro- particules de quartz. Ce quartz agit probablement de la même manière qu’en biodynamie.

Lorsque les agriculteurs, en biodynamie, ont trop de pression des gastéropodes, ils pulvérisent leur plantes avec de la silice. Cette silice colle aux feuilles et tiges de la plante et renvoie la lumière sous forme de scintillement, le jour avec le soleil, la nuit avec la lune. Les limaces détestent la lumière. Donc les 43 % de silice font peut-être cet effet-là. En tout cas, elles détestent la texture de la poudre. Il y a peut-être aussi un autre effet : les blessures causées par les cristaux de silice… 7

Le paramagnétisme ?

Ne négligeons pas le paramagnétisme du basalte. Celui que nous avons utilisé a une susceptibilité paramagnétique à hauteur de 3000 µCGS. Ce n’est pas le basalte le plus puissant mais il se débrouille déjà très bien. 8 La limace pourrait être sensible au paramagnétisme du basalte, ce qui la ferait se détourner de l’endroit en question. Ceci reste une supposition en rapport avec la présence de magnétite dans une espèce de limace maritime, la Tritonia rosy. 9

Semer au mois de mars ?

A Éghezée, nous avons semé avant l’arrivée des limaces, en mars 2024. La planche de culture semée en mars aussitôt recouverte par un tunnel nantais est un bel exemple de réussite. Pas l’ombre de limaces sur cette planche de culture. Dans la planche semée en avril, la pression s’est faite plus importante, mais actuellement, les plantules ayant grandis s’en sont sortis, vaille que vaille. La planche du mois de mai souffre beaucoup actuellement.

Le tunnel nantais de droite le long de la clôture a été semé au mois de mars.

Repiquer plus tard ?

Il est peut-être intéressant d’attendre que la plante ait atteint une taille respectable pour la repiquer en pleine terre. Quand il y a tant de pluie, il y aura une grande pression des gastéropodes. Il faut alors prendre son mal en patience et repiquer plus tard. Quelques participants à nos formations pratiquent cela. Ils attendent la fin des pluies pour repiquer, bien qu’ils ne se sentent pas devin au point de connaître la date de fin des pluies ! C’est une bonne solution passagère d’autant que les limaces mangent moins les plantes ayant atteint un certain degré de maturité.

Les solutions proposées ne sont que des pis-aller !

Dans le premier chapitre concernant l’apport des limaces à la biodiversité, nous avons apporté un élément de compréhension : la raison de l’existence de ces gastéropodes dans la nature. Mais notre explication n’était pas complète. Nous allons résumer la vidéo d’Hervé Covès 10 dont vous avez les liens en dessous de cet article. Avouons-le, son discours sur les limaces nous éclaire sur la biomasse trop importante des limaces en ce moment. Nous avons oublié de parler d’un autre digesteur plus important que la limace : le champignon ! Nous allons voir le lien important entre champignon et limace.

Les limaces mangent notamment des champignons comme la truffe. Elle va broyer la matière des champignons jusqu’à en obtenir de la bouillie. L’estomac digère cette bouillie à l’exception des spores des champignons. Lorsque la limace fait son excrément visqueux, le ver de terre en profite. Il va l’homogénéiser dans son système digestif et va finir par en faire un turricule, qui est son propre excrément. Le ver de terre ne digère pas non plus les spores. Le turricule est donc très riche puisqu’il est un mélange de terre et, notamment, du caca des limaces dans laquelle va se développer un très grand nombre de bactéries. les bébés truffes arrivent à naître. Il en va de même pour tous les autres champignons.

Un chercheur de Brive-la-Gaillarde a prouvé que la naissance de beaucoup de champignons est due à la présence de diastases. 11 Ces diastases permettent le développement des champignons. Il y a donc une alliance tacite entre le champignon, la limace et le ver de terre, en lien avec le sol. La nature est belle !

La limace va être attirée par les feuilles de salades les plus anciennes, celles qui ont poussé les première et qui deviennent trop vieilles et finissent par mourir. Ces feuilles sont composées essentiellement de cellulose. C’est d’ailleurs ce qui les rend généralement moins mangeable par l’être humain.

Elles mangent les feuilles pour les métaboliser et transmettre leur caca au vers de terre. Normalement cela devrait être le rôle des champignons mais comme il y a une abondante arrivée de nouvelle matière végétale dans un potager, les limaces aident les champignons à métaboliser, donc décomposer les matières mortes ou malade.

Lorsque l’on voit une très belle laitue, nous ne pouvons pas imaginer qu’elle est peut-être malade ou qu’elle a un problème. Les laitues sont atteintes assez souvent de maladies sans que l’on ne s’en rende compte. Elle sont parfois attaquées par des champignons pathogènes comme l’oïdium, le botrytis…. Lorsque la feuille tombe au sol, ces champignons vont développer un très grand nombre de spores. Les limaces vont réguler la présence des pathologies en mangeant les feuilles les plus vieilles et donc malades. Les limaces participent à la limitation de tous ces champignons pathogènes. Les spores des champignons pathogènes sont détruits par l’estomac des gastéropodes ! Donc si l’on supprime les limaces, le potager va succomber devant l’explosion des maladies.

Psathyrella dicrani

Apporter du bois !

Le chercheur Hervé Covès donne une série de règle qu’il faut absolument garder en tête pour arriver à diminuer la pression des limaces dans un potager. En premier lieu, il faut garder la plus grande biodiversité. En second lieu, il faut privilégier la digestion des champignons. Quand il n’y a plus de lignine 12 dans le sol, il n’y a plus de champignon. La matière organique doit comporter de la lignine pour faire vivre les champignons. 13

S’il n’y a pas assez de champignons ou plus du tout, les limaces vont arriver pour réaliser le travail de décomposition des matières. Donc pour que les champignons fassent le travail de décomposition, il faut apporter du bois dans les espaces de culture. Les limaces n’interviendront que quand il y a un surplus de matières végétales et s’occuperont des vieilles feuilles de laitue. Les limaces passent alors d’un endroit à un autre pour nettoyer ce que les champignons n’ont pas digéré.

En 2023, nous avons apporté du miscanthus dans la forêt-jardin. Effectivement depuis lors il n’y a plus beaucoup de limaces dans ces endroits parce les champignons font leur travail de digestion des matières accompagné par l’ensemble des petits organismes ou insectes comme le chargés de faire la même choses.

Nos gestes accueillent les limaces

Il y a énormément de matières organiques dans le compost. C’est le lieu par excellence des limaces ainsi que de plus petits vers de terre qui vont se retrouver à la base du compost. Elle adore la matière organique fraîche encore pleine d’énergie pas complètement morte. Le printemps est un moment difficile pour les limaces. En effet, elles ont faim car elles sortent de l’hiver. Donc tous les végétaux qui sont un tant soit peu faibles, malades ou stressés par le repiquage, vont se faire manger. En réalité, nous devons aider la limace à passer ce moment difficile.

Selon Covès, il faut réserver un peu à l’écart de son potager un espace pour nourrir les limaces avec des plantes qu’elles apprécient comme le fenouil, l’ail, la moutarde, surtout des brassicacées. Elle ira volontiers dans un tel endroit et laissera le potager au calme. Comme les limaces ont un très bon odorat, elles viendront faire bombance à cet endroit. Il faut créer ce lieu de villégiature pour les limaces dans un endroit ombragé tout en maintenant l’humidité, spécialement durant les mois d’été. Elles iront plutôt là que dans le potager asséché. Et puis, cet endroit devra se trouver à proximité d’un tas de bois pourrissant. (Voir ci-dessous)

Quand nous avons commencé notre potager, nous avons suivi les principes de la permaculture. Nous avons apporté de la matière organique en quantité sous la forme de compost, de fumier de vache, de déchets de culture, etc. C’est bien ce qu’il faut faire pour apporter de la bonne matière azotée. Mais en faisant cela, on oublie qu’il faut une quantité similaire de bois. De ce fait, nous appelons à la rescousse les limaces qui vont digérer cet important apport de matière organique. Ce déséquilibre azote/carbone amènera un autre animal bio-indicateur : le puceron. Mais cela est une autre histoire.

Privilégions aussi les ravageurs

Les grands prédateurs de la limaces sont les canards dont le coureur indien, hérissons, grenouilles, poules, la plupart des oiseaux, les cochons, les carabes, les staphylins. Ce dernier est un insecte bio-indicateur de la grande bio-diversité d’insectes dans un lieu. Pour attirer les insectes prédateurs des limaces, il faut du bois en décomposition sous forme de tas autour du potager. Ces tas de bois vont produire des champignons qui font venir des collemboles. Ceux-ci sont à la base de la chaîne alimentaire. Quand il y en a beaucoup, d’autres organismes dont le staphylin vont commencer à les manger. Lorsqu’il n’y a plus de collemboles, les staphylins vont manger les bébés limaces et vont réguler la présence des gastéropodes. Tout cela c’est pour le début du printemps.

Durant la saison d’été, les limaces réapparaîtront quand il y aura de grosses pluies.Mais comme tout pousse tranquillement, les limaces se jetteront d’abord sur les vieilles feuilles de légumes mais auront peut-être tendance à en manger des fraîches non malades pour contrer sa faim. Comme il fait très chaud, les champignons ne sont plus très présents car ils ont besoin d’humidité pour vivre. Les limaces peuvent reprendre le dessus à ce moment-là. C’est aussi pour cela qu’assurer une bonne couverture de sol avec du mulch permettra aux champignons de vivre dans l’humidité et empêchera les limaces d’être trop présentes, n’aimant pas la texture de l’herbe sèche. Oubliez la paille qui est un hôtel 5* pour les gastéropodes.

Il vaut mieux arroser le matin quand les limaces ne sont pas encore réveillées. cela profitera à la plante et au champignons et non pas à la limace. A l’inverse, si l’on arrose le soir, les limaces sont d’office de sortie, l’humidité les rapprochera de votre potager.

Le canard coureur indien – Anas platyrhynchos domesticus

Conclusion définitive ?

Il est évident que la réalisation de la proposition d’Hervé Covès est un travail de longue haleine. Ce n’est pas du jour au lendemain que les champignons s’installent dans le potager. Certains détracteurs du scientifique signalent que ses propositions ne sont pas réalistes car cela prend du temps et qu’il faut gérer la pression des gastéropodes chaque année. Mais la Nature prend son temps. Tout va plus lentement. Les tests que nous donnons dans chaque chapitre ne sont donc que des pis-aller momentanés, pour se donner de l’espoir d’avoir quand même quelque chose à mettre dans son assiette.

Avec une bonne dose d’humilité nous avons accepté de prendre le temps de changer nos pratiques. Ce sont les pucerons qui ont été les premiers indicateurs de mauvaises pratiques. Et comme tout est lié dans la nature, les pucerons ont montré la voie à suivre pour réguler les limaces dans nos potagers. Nous avons ajouté du bois en quantité sous forme de miscanthus. Le miscanthus 14 est une plante facile à cultiver en marge de son potager. Il suffit de quelques mètres carrés de miscanthus pour avoir assez de bois à répandre sur les planches de culture.

Il nous reste à avoir de la patience pour changer notre sol et accueillir les champignons à bras ouverts pour provoquer naturellement la régulation des limaces. Mon petit doigt me dit que ce ne sera pas le dernier épisode de cette saga, d’autant plus qu’un des participants à notre formation de 10 mois m’a montré la photo d’une limace qu’il a trouvé chez lui ! Une limace blanche qui porte le doux nom de testacelle blanche Testacella haliotidea. Figurez-vous qu’elle mange les vers de terre vivants ! 😵‍💫

Géry de Broqueville

  1. Article I : La limace une allée ravageuse. Article II : Limaces : les premiers tests de 2018. Article III : Les limaces, suite et pas encore fin. Article IV : Dansons avec les limaces. ↩︎
  2. Géry de Broqueville, Les animaux bio-indicateurs, 15 mai 2023. ↩︎
  3. En sachant que l’on voit nettement plus de limaces que d’escargot dans le potager. ↩︎
  4. Attention, il faut des bandes de cuivre neuve bien brillante. Si les bandes sont oxydées parce que déjà utilisée, il faut les nettoyer au vinaigre, frotter avec le grip d’une éponge double face, la rincer pour éviter que la couleur vert de gris s’installe. Cette corrosion du cuivre est un poison pour le sol et la plante.? ↩︎
  5. Ce basalte est de marque Simalith. Il est paramagnétique à hauteur de 3000 µCGS. Il est possible de le trouver chez Ecoflora, Nos Pilif’s et le Moulin de Bierges. ↩︎
  6. La composition totale est Silice : 43 % – Fer : 11 % – Calcium : 11% – Magnésium : 13 % – Potassium : 1 % – Sodium : 2 % – Manganèse : 1 % ↩︎
  7. Pour ne rien oublier à propos du basalte, ce dernier est un très bon engrais et nourrit positivement le sol. ↩︎
  8. Nous donnons un cours spécifiquement sur les champs magnétiques et le paramagnétisme, comme éléments de renforcement des plantes. Ce cours se déroule dans notre potager d’Eghezée. ↩︎
  9. Cette limace des mers n’est pas de la même famille que nos limaces terrestres. Aucune étude existe concernant la présence ou non de magnétite chez nos limaces. Cela reste donc une interrogation en attendant une recherche scientifique concernant ces mollusques. ↩︎
  10. ↩︎
  11. Ce sont des enzymes digestives qui se trouvent dans tous les estomacs des êtres vivants. ↩︎
  12. La lignine (du latin lignum qui signifie bois) est une biomolécule, plus précisément une famille de macromolécules polyphénoliques, qui est un des principaux composants du bois avec la cellulose et les hémicelluloses. Pour aller plus loin, cliquez ici. ↩︎
  13. La solution pour les agriculteurs ayant des grandes surfaces de culture est l’agroforesterie qui permettra de relancer l’arrivée des champignons qui assureront la digestion du sol. ↩︎
  14. Pour découvrir le miscanthus, nous vous invitons à cliquer ici. ↩︎
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